Archives de l'auteur pour madelgado

23
juil

Train et d’autres amours V

1ère partie, 2e partie, 3e partie et 4e partie

Une fois à la ville-lumière, en arrivant à l’appartement où je m’hébergeais, à Belleville, la première chose que j’ai faite c’était l’appeler.

Bonjour, c’est moi !

Bonjour, t’es venu !

Oui. Tu pensais que j’allais pas venir ?

J’pas.

Je veux te voir.

Moi aussi je veux te voir, mais le seul problème c’est que mes horaires sont compliqués à cause de mon déménagement.

Dis-moi à quelle heure et où que j’y serai.

Écoute, moi je peux cet après-midi, vers 16h, à la petite place à Châtelet. Tu la connais ?

Oui.

Parfait.

On se rencontre là-bas alors.

On se rencontre…

J’étais là-bas à l’attente avant même 16h. De loin, je l’ai vu arriver. Par hasard, le même jeans de l’autre jour, mais une autre chemise. Pour ne pas en dire trop, elle était absolument étonnante. Ce fut l’avoir vu pour être sûr, à nouveau, que c’était elle la femme de ma vie.

Coucou.

Elle m’a embrassé sur la joue et m’a fait un hug.

Jourbon.

Moi, je souriais comme un con d’être à son coté une autre fois.

Elle a pris ma main dans la sienne et m’a poussé.

Je connais un petit coin sympa par là. On y pourra parler tranquillement.

En fait il y avait un coin très calme au milieu de la zizanie de Chatelet. On s’est jeté sur le gazon, s’est déchaussé et a bavardé pendant des heures. Parfois, elle se faisait caresser par moi, d’autres fois c’était moi.

Lis était toute ravissante. Enthousiasmée d’aller à Londres enregistrer son premier CD solo. Son souris s’épandait de l’un coté du visage à l’autre.

À cet instant-là, mon cœur sautait déjà par ma gorge. J’avais tellement envie de lui dire tout ce que je sentais (que c’était elle !), mais ou je n’avais pas de courage ou je ne trouvais pas d’opportunité. Jusqu’à ce que, son idée, on s’est levé et est allé prendre un café. On s’est assis vis-à-vis, de façon que je ne risquais pas de la suffoquer et lui donnais encore de l’espace pour courir. Je me suis donc déclaré. Sincère et ouvertement. Je n’ai rien caché et ai tout dit. Que je n’avais pas pu ne pas arrêter de penser à elle, que j’en étais amoureux, que je savais qu’elle était la femme, que je pouvais l’accompagner n’importe où elle aille.

Elle a écouté tout ce que j’avais à dire. Son silence, faut-il le dire, m’a laissé de plus en plus apréhensif. Lorsque j’ai terminé, je lui ai dit, si elle ansi le désirait, qu’elle pouvait partir tout simplement, sans avoir besoin de dire un seul mot. Lis s’est levée et est entrée au café. Je crois qu’elle est allée aux toilettes. Trois minutes après, comptées à la montre en extrème état d’afflition, est retournée, s’est assise, a regardé dans mes yeux et a dit :

Je veux pas partir.

J’ai dû brouillonner un sourire malin. Elle a continué :

Mais je vais t’avouer que j’ai failli partir. C’est pour ça que je suis allée aux toilettes, afin de voir si j’y réfléchissais un peu. C’est pas que je voulais partir parce que j’ai pas aimé ce que t’as dit. Tout au contraire. J’ai pensé partir parce que j’avais peur, et partir c’est toujours comment je finis par agir dans ces situations. Je vais être franche avec toi : j’ai peur des relations amoureuses. J’ai déjà essayé une fois, ça fait longtemps, mais ça n’a pas marché et je me suis faite blesser. Depuis lors, j’ai l’habitude d’échapper des gens que j’aime davantage et je finis par être avec ceux qui veulent rien de moi. Je t’aime bien, depuis le premier moment que je t’ai vu arriver à la gare. Pourtant, j’ai peur, trop peur d’être avec toi, spécialement parce que tu sembles être la personne parfaite pour moi. Tout serait parfait entre nous deux. C’est pas juste une croyance, c’est une certitude. Néanmoins, et je sais que je vais m’en repentir, j’arrive pas à faire face à mon peur. En plus, je sais que je plongerais de tête dans une histoire avec un mec comme toi, c’est bien moi ça, et je ne peux pas le faire pour l’instant. Je suis dans un moment déterminant de ma carrière, et d’une certaine façon c’est la seule chose que j’ai vraiment. Je peux pas te demander ça, mais je voudrais tu comprennes…

Moi, au contraire de ce que je pourrais imaginer, j’ai eu une épiphanie. C’est comme si tout, d’un seul coup, faisait du sens et s’organisait. Ce sont rares les moments où ça m’arrive. Celui-là en a été un.

Je te comprends. Vraiment. Je crois qu’il faut aller après ce que tu veux, t’y plonger complètement. Ça peut être fou, mais je sais qu’un jour on sera ensemble, tôt ou tard.

Elle a souri. Moi aussi, surtout parce que, dans ce moment-là, j’étais sûr qu’un jour on allait nous rencontrer (et qui dit que ça ne va jamais se passer ?). Elle a pris ma main, m’a caressé le visage et a failli m’embrasser.

Ce que je voulais davantage c’est t’embrasser, mas je peux pas. Je peux pas parce que je sais si jamais je le fais je vais pas réussir à suivre, parce que je ne ferais que penser au goût de ta bouche. Je te prie d’essayer de me comprendre. T’embrasser c’est tout ce que je désirais, mais je ne peux pas.

Quoique je te désire vachement, je te comprends.

Elle m’a pris de ses bras, a approché son visage du mien, presque lèvre sur lèvre (j’ai failli l’attaquer !), a touché son front sur le mien et a laissé tomber une larme.

Faut que je parte maintenant.

Je voudrais te revoir encore une fois.

Tu crois que ça va être bon pour nous ?

Aucune idée, mais je veux te revoir.

D’acc. Pourquoi tu ne viens pas chez moi demain? Appelle-moi avant pour savoir comment marche mon déménagement.

Ok.

suite…

18
juil

Train et d’autres amours IV

1ère partie, 2e partie et 3e partie

À Amstelveen est-elle allée, alors que je me suis dirigé au hostel, en figurant que mon ami avait déjà pris tous mes trucs au parc. Lorsque je suis arrivé à l’auberge, mon ami n’était pas là. J’ai demandé à la réceptionniste s’il avait déjà fait le check-in et elle m’a répondu que oui. A complété en informant que moi aussi je l’avais déjà fait théoriquement. Chambre n° 203, lit 8. Je suis monté à la chambre, j’ai trouvé mon lit sans mes choses au-dessus et au-dessous. Je suis descendu, j’ai demandé quel était le lit de mon ami et je suis remonté pour voir si mes trucs étaient ou sous le lit ou dans son locker. Pas non plus. J’ai pensé : « Putain, est-ce qu’il n’a pas pris mes choses en pensant que j’allais le faire pour aller n’importe où avec Lis ? ». Dans le moment, c’est ce que j’ai pensé. J’avais été si con que je n’y ai pas pensé deux heures avant.

J’ai couru jusqu’au parc (il était déjà minuit). J’avais trop peur de m’être fait tout voler et avoir perdu l’infime quantité de vêtements que j’avais. Désespéré, je n’ai pas réussi à trouver mon sac à dos. J’ai paniqué. J’ai eu de la chance quand je me suis calmé et me suis rendu compte de que j’étais en train de chercher dans le mauvais lieu. Quand j’ai trouvé le bruisseau qui avait servi de cachette, j’ai vu que, quoique j’aie mal agi en avoir hésité (chose que je ne découvrirait qu’après), ce 9 septembre 2004 était, sans aucun doute, mon jour de chance par excellence : toutes mes choses étaient là, de la même façon que je les avais laissées.

Soulagé, je suis retourné au hostel et j’ai pris une douche. J’en avais vraiment besoin. Je suis sorti pour rencontrer mon ami, qui, pendant mon absence, m’avait laissé un mot pour dire où il était. Après l’avoir rencontré, je suis rentré et j’ai dormi avec la pensée de que j’allais rencontrer Lis tôt le matin. Mon idée était de me lever vers 7h, prendre le petit déjeuner, préparer mes machins et vers 9h l’appeler en lui disant à quelle heure j’arriverais. Trop simple.

Avec le billet en main, je lui ai passé un coup de fil. Le portable a sonné et elle n’a pas répondu. J’ai réessayé et elle n’a pas encore répondu. J’ai dû l’appeler quatre ou cinq fois et rien. Il est automatiquement passé par ma tête qu’elle avait désisté de moi et de notre histoire. Merde ! Merde ! Des gros mots étaient la seule chose que j’arrivais à dire dans ce moment.

Après à peu près une bonne heure, ayant déjà raté le train (quoiqu’il y en ait un à chaque demi-heure), j’ai désisté. Je pouvais aller comme un fou après elle, mais je savais que je n’allais pas la retrouver. Je suis retourné au hostel, j’ai réveillé mon ami et on est allé à Rotterdam.

Ma frustration était énorme, inénarrable et apparamment infinissable. Arhhhhh !

Une fois à Rotterdam, deuxième jour là-bas, j’ai résoulu l’appeler une autre fois juste pour ne pas me repentir après. Et n’a-t-elle pas répondu ?

Alô?

Alô.

Bonjour, c’est toi ?

J’ai essayé de t’appeler…

Saperlipopette, je suis heureuse que tu as appelé !

Ah bon ?

J’attendais ton appel.

Ah bon ?

Ouais. Vraiment désolée. Mon portable est resté hors service pendant deux jours. Des problèmes de signe. As-tu essayé de m’appeler ?

Quelle question !

Oui, plusieurs fois.

Non, vraiment désolée. Je voulais tellement que tu sois venu. À propos, je le veux encore !

J’ai dû me calmer.

Moi aussi.

J’allais t’inviter pour venir maintenant, mais une très bonne chose m’est arrivée et j’ai besoin de rentrer Paris aujourd’hui.

Qu’est-ce que c’est passé ?

Je vais signer un contrat avec un label anglais et j’ai besoin de déménager au plus vite possible à Londres.

C’est vrai ça ?

Merveilleux, n’est-ce pas ?

Absolument oui.

Je vais donc être à Paris d’aujourd’hui le soir trois jours. Ce sera le temps de résoudre ma vie là-bas.

Putain, incroyable ça !

Si jamais tu peux venir me voir avant que je sois partie, ce serait sympa…

Quoi dire ? C’est certain que j’ai tout préparé pour être à Paris dans deux jours. J’avais vraiment besoin de la revoir.

suite…

09
juil

Train et d’autres amours III

1ère partie et 2e partie

Ce ne fut qu’après lui avoir parlé que je me suis souvenu de que j’étais accompagné d’un ami, qui était allé à la plage et qui en retournait avec moi, toujours à mon coté. Je vous avoue qu’il avait été offusqué par elle.

C’était quand il est arrivé, hébété et complètement surpris d’avoir eu courage de lui parler et de ne pas encore avoir reçu une gifle sur l’oreille.

Putain, c’est que…

J’ai même pas commencé à parler, il avait déjà tout compris.

Pas de problème. Allez-y, mon vieux. Puis on se rencontre au hostel.

Et il s’est éloigné.

Elle, qui sera dorénavant appelée Lis, a trouvé tout ça un peu étrange, mais tout de suite a souri et dit :

Moi aussi, je préfère comme ça.

Hébété.

Écoute, je connais très peu Amsterdam, mais j’ai vu un tas de cafés dans cette direction-là.

Ne t’inquiète pas, moi je connais un tout petit peu. Près d’ici, y a un lieu qui est pas mal du tout. Si ça te gêne pas, on pourrait marcher.

Pendant la marche, la conversation a déployé. Moi, dans ma petite expérience amoureuse, je sais que c’est quand la conversation se déploie que vous avez besoin de vous en préoccuper. Autre motif pour penser qu’elle était/est la femme de ma vie.

Avant même d’être arrivés au café, elle savait déjà quelques choses intéressantes sur moi. Par exemple : il était mon anniversaire.

Je te ferai un cadeau que tu n’oublieras jamais.

Et je n’ai jamais oublié, surtout parce qu’elle m’a rattrapé par mon talon d’Achille : la nourriture (je dis et je répète ça souvent : mon péché préféré est la gourmandise). Elle m’a donné mon premier pot de Häagen Dazs. Du chocolat suisse avec des noix de cacao et des petits morceaux entiers de truffe… Repas des dieux. Je me suis senti jadis avec un pied dans le paradis.

Mon cadeau n’a été pourtant donné qu’après.

Toujours au café, ambiance réservée, on s’est assis dans un coin, loin de tous. Au contraire de ce que j’ai l’habitude de faire, j’ai pris la place d’à son coté. La première fois je m’assois toujours en face de la fille par plusieurs motifs particuliers. M’assoir à coté prescinde déjà un peu de confiance, choses qu’on acquiért après avoir eu une bonne conversation. Avec elle, j’en étais déjà sûr.

Si la conversation, lors de l’allée au café, avait déjá déploié, les deux assis c’était encore mieux. Lis m’a raconté toute sa vie. De parents cubains, elle est née à Havanne, d’où ils se sont échappés lors de son infance, vu qu’ils étaient des anticastristes. Ils ont pris deux kayaks ouverts, l’un pour la famille et l’autre pour leurs biens, et se sont dirigés en haute mer vers les États Unis. Ont débarqué à Floride et ont fini par s’installer à Miami, où, par hasard, elle est dans cet instant-là.

Elle y est passée sa jeunesse et aux 16, 17 ans est allée vivre à New York pour étudier. Est entrée au conservatoire de musique de la ville (dont le nom je me souviens plus). Avec des amis, a monté un groupe, qui peu à peu a eu du succès. Il y a eu quelques concerts à New York et à d’autres villes importantes de la région jusqu’à ce qu’ils ont signé avec un label musical hollandais (voilà la Hollande qui commence à se faire expliquer). Ils sont allés en Europe, y ont fait quelques concerts et, pour enregistrer leur premier CD, ont déménagé à Amterdam. Lis y a habité à peu près deux ans.

CD enregistré, ils ont continué à faire du succès et, par des motifs de désaccord parmi les participants du groupe, elle est partie. Est allée habiter Paris, où a essayé de se faire une carrière solo. Ce fut quand, grâce à une rencontre des anciens amis, elle est allée leur rendre visite à Amstelveen. Le 9 septembre 2004, lors de mon anniversaire de 23 ans, elle a décidé de passer le jour tout seule pour réfléchir. Beaucoup de choses se passaient dans sa vie, lesquelles vont finir par postérieurement influencer mon histoire avec elle.

Les deux étions allés à Zandevoort aan Zee pour réfléchir. Elle à cause de tous ces motifs ; moi parce que je faisais 23 ans, j’habitais hors du Brésil pour la première fois et je décidais, comme je le fais presque tous les jours, quoi faire de ma vie.

Au café, le temps est passé en un clin d’oeil. Du coup, il était 20h (il faut ne pas oublier qu’en Europe, en été, le coucher du soleil n’est qu’à 22h).

Pourquoi on ne paie pas et ne profite pas qu’il y a encore de soleil pour nous promener.

Pas mal comme idée.

Elle m’a pris de la main et m’a conduit vers la rue. J’ai cru qu’on allait nous embrasser, mais c’était évident qu’elle était encore craintive. Peut-être parce qu’elle en avait peur, peut-être parce qu’elle avait été blessée d’une histoire du passé. J’ai décidé ne pas la pousser.

Elle m’a conduit par les rues d’Amsterdam, en me montrant ses lieux préférés et me racontant des histoires. Notre conversation semblait ne jamais avoir fin, ce qui, pour moi, était parfait. Même aujourd’hui, si la fille n’est pas bavardeuse (pas dans le sense de trop parler, mais dans celui de savoir bien parler), je finis par ne pas en vouloir plus.

Lorsqu’on est passé devant un supermarché, elle m’a pris de la main et on est entré.

C’est là que je vais t’acheter le cadeau dont tu n’oublieras jamais.

Häagen Dazs. Pas de commentaires.

On s’est assis sur l’escalier de la place d’en face et, avec les petites cuillères de plastiques offertes par la cassière du supermarché, on a dévoré le pot tout entier. Il faut que je dise que Häagen Dazs a finit par être vaincu par Persicco, d’Argentine, mais ça ne veut pas dire que ce premier pot-là, aux 23 ans, a perdu tout le symbolisme qu’il a pour moi. Tout au contraire.

Nos mains se sont touchés plusieurs fois. Nos regards se sont entre-croisés et se sont congélés l’un dans l’autre pas mal de fois, mais quand même j’ai senti qu’elle avait peur. J’ai continué à ne pas vouloir la forcer. D’autre part, j’ai perdu la compte de combien de fois elle a passé la main sur mon visage en geste de caresse.

Vers 23h, juste quand on était devant la catédrale de Amsterdam, avec les cloches sonnant les 23h, on a su qu’allait se passer quelque chose. Il y a eu entre nous, la première fois depuis qu’on s’est parlé, un silence. On s’est regardé fond dans les yeux, s’est approché et a évité d’avoir besoin de décider.

Tu viens avec moi jusqu’à la gare pour acheter mon billet ?

Bien sûr, quoi.

Chaque minute de plus avec elle était, pour moi, un plaisir.

Il y avait encore beaucoup de places dans le train. Elle a acheté le billet, a payé et, en me poussant d’à coté, m’a demandé :

Pourquoi tu ne viens pas avec moi à Amestelveen ? Tu pourrais rester chez mes amis sans aucun problème.

Quoi ? Quoi ? Quoi ? Je n’arrivais pas à croire à ce que j’avais écouté. Au même temps et par contre, un tourbillon de pensées, qui listaient pas mal de problèmes l’un après l’autre, a commencé de passer par ma tête. Argent : je n’avais que deux euros ; il fallait lui en prêter pour le billet et pour n’importe quoi d’autre chez ses amis. Vêtements : ceux que je portais, qui étaient sales. Vêtements : mes choses étaient restées cachées au Vondelpark, au milieu du bois, où j’avais dormi le soir pour ne pas avoir/vouloir épargner de l’argent. Passeport : dans le cabinet du hostel où j’allais dormir ce soir-là, une fois que j’y avais fait la réservation le jour avant. Amstelveen : c’est où ça exactement ? Amis : qui ? Mon ami : comment l’avertir ? Est-ce qu’il se préoccuperait de moi ? J’ai fort hésité.

D’un coté, j’avais trop d’envie d’y aller.

D’autre coté, je n’arrivais à voir que des tracas.

J’ai hésité. J’ai hésité. Et elle s’est rendue compte de que j’hésitais.

Aï, j’pas. J’ai pas d’argent, toutes mes choses sont là, mon ami va devenir fou pour savoir où je suis.

Écoute, c’est pas grave ça. Si tu crois qu’aujourd’hui c’est pas bon pour toi, tu peux y aller demain. Je te donne mon numéro de portable et tu m’appelles.

Ah bon ?

Bien sûr.

Elle m’a donc donné son numéro et j’ai décidé que ce serait mieux d’aller la rencontrer le lendemain.

Ma joie a été sans mésure. Pourtant, je ne savais même pas qu’avoir hésité et ne pas être allé a été une des plus grandes bêtises amoureuses que j’ai déjà faites dans ma vie, sinon la plus grande.

Néanmoins, de l’avenir je ne savais rien. Pour moi, on irait se rencontrer le lendemain et, qui le sait, notre passion en attente ébouillirait finalement.

On a pris congé l’un de l’autre sans nous être embrassé. Pas encore. Son regard, pendant le départ, n’a que certifié plus encore la certitude de que c’était elle. Quoique nous nous soyons pas embrassés (je sentais qu’elle le voulait mais ne le voulait pas à la fois), nous nous sommes touchés les mains l’un de l’autre jusqu’à ce qu’elle est montée dans le train.

suite…

07
juil

Train et d’autres amours II

1ère partie

… Sale, sué, déchevelé et sans pouvoir bien respirer, j’ai touché sur son épaule gauche. Elle a tourné vers moi sans peur. Ses yeux verts m’ont perscruté et m’ont paralysé.

Excuse me. Sorry if  I’m bothering you..

Mon niveau anglais était dégueulasse.

I don’t know. I saw you in the train and I really need talk to you.

Hi!

Hi!

I… just don’t know what to say. I need say I wanted talk to you.

Sorry, I didn’t ask if you speak English. Do you speak English? Are you understanding me?

I do speak.

Fuck, because I don’t. But I want talk to you so much. Neither Dutch I speak.

Me neither.

Really? You are not from here?

Nop. I’m Cuban.

Wow. So you speak Spanish.

Yep.

Fuck, I don’t speak Spanish very well. Mas quiero mucho hablar contigo. Hablo serio.

Dans ce moment-là, quand elle s’est rendu compte de que j’étais en train de faire un gros effort pour arriver à lui parler, elle m’a ouvert un souri.

¿Y qué hablas tú?

Hablo portugués.

¿Eres de Portugal?

No, brasileño.

Qué bueno, tío. ¿Y qué haces en Holanda? ¿Estás de vacaciones en Europa?

¡Qué no! Quiero decir: sí, estoy de vacaciones, pero moro en Francia.

Mon niveau espagnol, à l’époque, était déplorabe.

¿Enserio?

Yo también.

¿De verdad? Así que tú hablas francés…

Mais oui, monsieur.

Super, quoi. Voilà une façon de te parler comme il faut.

Soulagé, j’ai senti dorénavant que mes chances avec la femme de ma vie n’étaient pas nulles. Il y avait de l’espoir à la fin du tunnel.

Putain, quel soulagement pouvoir te parler sans problème.

Elle a ri. A souri.

Je te disais donc que je voudrais tellement te parler. Depuis Zandvoort, je t’ai regardé pendant tout le trajet du train. Je n’ai pas réussi à ne pas…

Moi non plus.

Pour de vrai ?

Ouais.

Tu as un regard qui…

… qui m’a laissé à la fois sans défense et fascinée.

Impossible de ne pas se sentir honteux. C’était la femme de ma vie qui me le disait.

Je sais que c’est rare et un peu bizarre ce que je vais te dire, surtout en comptant que tu ne me connais pas, que tu ne m’as jamais vu ailleurs, mais je voudrais te parler quand même, faire ta connaissance.

Et pourquoi on ne prend pas un verre pour mieux se connaître ?

Pour de vrai?

Tout à fait! Pourquoi pas? Je n’ai besoin que de savoir quelle heure il est.

Hum… Il est 15h20.

Hum… c’est que mon train sort d’ici dix minutes.

Hum…

Ma déception a dû être remarquable.

Mais ça nous empêche pas d’aller au guichet demander quels sont les autres horaires de trains pour Amstelveen.

J’ai souri. Elle s’est dirigée au guichet, a demandé et a découvert qu’il y avait des trains jusqu’à 23h. Parfait.

On prend du café ?

suite…

30
juin

Train et d’autres amours I

C’est quoi voyager ? Moi, je me demande ça souvent. Les réponses clichées s’accumulent : visiter les lieux, faire connaissance de gens, la liberté, les idiomes… Dans la catégorie « faire connaissance de gens », le sexe opposé y est compris. Jetez-moi une pierre celui qui n’a jamais voulu trouver la femme/l’homme de sa vie pendant un voyage (M. Dulctateur, tu es officiellement exclus de cette enquête parce que tu l’as déjà trouvée) ? Sinon, jetez-moi un pierre celui qui n’a jamais failli trouver mais qui l’a laissé s’échapper ?

En y réfléchissant, j’ai dû me dire que voyager peut être aussi, parmi beaucoup d’autres choses, une recherche de l’amour platonique perdu ou jamais trouvé. Je me suis convaincu qu’il faut, pour parler de voyages, traiter de l’amour, des rencontres et de non rencontres. Voilà donc la première de sept parties de mon histoire la plus mal/heureuse à ce sujet.

Première partie

Avant tout, il faut que je dise qu’elle est la femme de ma vie.

La première fois que je l’ai vue, ç’a été de coin d’œil en entrant dans un train. On était à Zandvoort aan Zee, en Hollande. Moi, je venais de la plage, sale de sable, où j’avais dormi une bonne partie de la journée. C’était aussi mon anniversaire.

Elle était seule, marchait vers le quai en jeans, hautes bottes au suède marron et lunettes de soleil. C’est quand j’étais en train d’entrer au wagon que j’ai tourné la tête pour dire adieu à cette plage où probablement je ne retournerais plus jamais. Quoique solitaire, il avait été mon meilleur anniversaire.

Je l’ai découverte de coin d’œil à entrer par la porte à ma droite. Belle, charmante, merveilleuse, ai-je pensé.

Elle s’est assise à l’opposée du wagon, jambes croisées, et me regardait. Regard dans regard. Œil avec œil. Plus rien.

Dans un premier moment, je n’ai pas pu croire que c’était avec moi. J’ai regardé autour de moi à la recherche de n’importe quel autre homme, et rien. Cette très jolie femme-là me regardait ? Ça pourrait être vrai ? Un peu intimidé, j’ai dévié le regard. Mais la tentation et la curiosité ont été plus fortes. Lorsque j’ai tourné la tête de nouveau, elle était là en train de m’observer. Sans préjugés. Qu’en m’observant. À ce moment-là j’étais déjà fasciné et passionné par elle. Coup de foudre absolu. Amour à première vue. En une fraction de secondes je me suis imaginé avec elle, en voyageant par le monde, les deux vivant ensemble.

Notre train est parti de Zandvoort aan Zee avec destination de Haarlem. Pendant le trajet, pas plus de 40 minutes, on n’a pas décollé le regard l’un de l’autre. Et ce fut dans cette demi-heure que j’ai su qu’elle était la femme de ma vie. Si elle s’en avait rendu compte aussi, je ne sais pas. Le fait c’est que j’en étais sûr.

En arrivant à la gare de Haarlem, je suis descendu du train pour en prendre un autre. C’était ma connexion pour Amsterdam. Les pas que j’ai eus besoin de faire ont été terribles. Dans ma tête, je ne réussissais pas à penser à autre chose qu’à la perspective de ne plus la voir. Mais le monde, ce jour-là, était pour moi. Elle allait à Amsterdam aussi. Et dans le même train, même wagon et même disposition de places. Nos regards, comme avant, se sont rencontrés et ne se sont plus décollés.

Pendant ce parcours vers la capitale hollandaise, je l’ai savourée au maximum. Brune, cheveux brillants, des yeux verts-clairs, bouche charnue, souris parfait, environ 1,70m, des très beaux seins, belles jambes, fabuleuses cuisses et d’un charme simplement irrésistible. Au-delà du jeans et des bottes, elle portait un blouson rouge. Ses mains, à quoi je fais toujours attention, étaient fortes et de longs doigts. Ongles bien dessinées, pas de cuticule. À la main droite, au doigt annulaire, une grande bague d’argent.

Absolument parfaite.

L’amour fait des choses comme ça.

Avant même d’arriver à la gare d’Amsterdam, mon cœur battait déjà à mille par heure, désespéré de ne pas savoir si je la verrais une autre fois. J’avais besoin de lui parler. À n’importe quel coût. Ma main suait. Moi, je bégayais déjà dans mes pensées.

Quand le train a commencé à freiner, je suis entré dans un état de désespoir total. Gros mal à la poitrine. Je ne pouvais pas perdre cette opportunité. Je ne pouvais point ! Elle était la femme de ma vie. Elle l’est.

Une fois le train arrêté, tous sont sortis. Sauf moi. Je suis resté en la regardant s’éloigner. Pas mal de choses sont passés par ma tête. Devais-je lui parler ou pas ? Je ne savais même pas hollandais. Je dirais quoi ? Peu m’importait. Le fait c’est que j’avais besoin de lui parler. J’ai pris du courage et je suis allé après elle. Au moment de sortir du wagon, je l’avais déjà presque perdue de vue. En me sentant un con, j’ai couru.

Sale, sué, déchevelé et sans pouvoir bien respirer, j’ai touché sur son épaule gauche. Elle a tourné vers moi sans peur. Ses yeux verts m’ont perscruté et m’ont paralysé.

suite…

27
juin

La Vache

Lors de mon séjour labourable en France, où je travaillais comme professeur assistant de portugais, j’ai souvent souffert du racisme. Dès les premiers mots que j’ai échangés avec ma professeuse superviseure (appelée dorénavant tout simplement « la Vache »), j’ai su que la coexistence entre nous n’allait pas être simple.

Le 4 octobre, vers 8h, je suis arrivé au collège où j’allais travailler pour faire signe que j’étais là. Je me suis présenté au directeur, à mes futurs collègues et à ma professeuse superviseure, à qui, hypothétiquement, je devais aider. Moi, voulant lui donner une bonne impression, j’ai utilisé toute la sympathie qu’a pue m’inculquer ma culture brésilienne. Notre première conversation a pourtant été ainsi :

Moi : Bonjour, Madame. Enchanté de faire votre connaissance.

La Vache : Bonjour.

M : Je voudrais me présenter. Je suis votre nouvel assistant de portugais langue étrangère.

V : Ah, vous êtes donc Maïkon, n’est-ce pas ?

M : Oui, Madame.

V : Avant tout, sachez que vous êtes là pour m’aider, pas le contraire. M’aider avec n’importe quoi n’importe comment n’importe quand. J’ai déjà eu plusieurs assistants et tous m’ont causé beaucoup de problèmes, surtout ceux qui étaient brésiliens, car ils étaient tous des paresseux et incompétents. J’espère que vous ne le serez pas.

M : Ben… (quoi dire dans une situation pareille ?)

Moi, j’ai dû pensé à basse voix : Maïkon, sois le bienvenu, putain !

Notre conversation a continué et la Vache m’a expliqué, avec une amertume infinissable, tout ce que je devais savoir pour faire mon travail bien fait.

Le même jour, fin d’après-midi, je suis rentré chez moi avec les pensées à toute vitesse : mon travail était plutôt de professeur (quasiment) et pas d’assistant comme on m’avait prévu. Pas de problème pour le boulot proprement dit. Je n’ai pas peur de travailler. Mais ce qu’elle m’a laissé bien clair c’était qu’elle voulait un assistant dans le sens d’aider, pas dans le sens d’apprentis, ce qui était en fait pourquoi j’étais venu du Brésil. Me voilà donc arriver chez moi complètement désespéré et travailler d’arrache-pied au-dessus des cours de la semaine.

Le lendemain matin, lors du déjeuner, au coin prof du restaurant du collège, elle s’est tournée vers moi, m’a lancé un regard âpre et m’a posé la question suivante :

V : Pourquoi est-ce que tous les travestis du monde sont brésiliens ? Pourquoi est-ce que tous les hommes sont des coureurs de jupes et les femmes des putes ?

Détail menu : on était tous (les professeurs du collège) assis à la même table ronde.

Silence absolu parmi tous les professeurs. Leur visage hébété et hagard était déjà tout signifiant.

Moi, j’ai dû me contrôler pour ne pas escagasser la Vache. Néanmoins, j’avais besoin de me défendre à la hauteur de son offense, pour qu’elle sache que je n’étais pas venu du Brésil pour engolir sapo (quelque chose comme « avaler des crapauds », c’est-à-dire, accepter soumis à ses offenses).

M : Ben, j’imagine parce que là-bas on a déjà passé par une vraie révolution sexuelle, de façon que les gens n’ont pas de faux moralismes et ne sont pas d’hypocrites de merde comme ailleurs ! Le plus important c’est s’accepter et être heureux.

Le ris contenu entre tous a été assourdissant. La Vache ne s’y attendait pas. Elle m’a jeté un regard machiavélique, s’est levée et s’en est allée sans avoir fini son repas.

Avant même qu’elle soit complètement sortie de la cantine, les autres professeurs s’écriaient déjà : Bravo ! Excellent ! Bien dit, elle le méritait ! Ce fut donc un grand vacarme. Dans ce moment-là, j’ai découvert que la Vache était haïe par tous. Moi, je me suis senti un peu soulagé et j’ai décidé de ne lui parler que pour le nécessaire au sujet des cours.

Il s’est passé qu’à partir de cet épisode-là j’ai fait pas mal d’alliés et une grande ennemie : Madame la Vache, comme elle était devenue connue parmi les autres professeurs !

Il est sûr que ma vie s’est bien compliquée depuis alors. À chaque allée au collège j’en revenais avec plus de travail (non nécessaire), de problèmes et de tracas. Pendant le trajet de retour, je venais plein de rage. La seule chose à laquelle j’arrivais à penser c’était d’empaller la Vache et en faire un bon barbecue. Putain de vache !

Mes jours étaient de plus en plus détestables. En ton de vengeance, la Vache faisait tout ce qui était à sa portée pour rendre ma vie insupportable : des petits commentaires sarcastiques et trop racistes, disséminait des faux commérages sur moi parmi les élèves, a distribué mes horaires de telle façon que je devais passer presque toutes les journées au collège (alors que tous les autres assistants que je connaissais, soit dans mes établissements d’enseignement, soit ailleurs en France, ne travaillaient qu’un ou deux jours par semaine justement pour optimiser leur temps). Affreux !

Disons que j’ai souffert à cause de la Vache.

Au bout de mon sixième ou septième mois de travail, je ne la supportais plus et, après y avoir beaucoup réfléchi, j’ai décidé de démissionner. C’est donc qu’un bon jour, à la fin de mes cours de l’après-midi, je suis allé au bureau du directeur, je lui ai tout raconté et je lui ai communiqué que j’allais partir. De façon surprenante, il m’a dit qu’il me comprenait (jusqu’aujourd’hui je ne sais pas pourquoi) et que ça ne lui posait pas de problèmes. Le plus important était mon bien-être. J’ai donc démissionné et un mois après, ne pas ayant trouvé du boulot et sans un sou, je suis retourné au Brésil.

L’année dernière, j’ai reçu, sur mon ancienne boîte de réception, un mél du secrétaire pédagogique d’Auvergne, à qui à l’époque j’ai dû rendre personnellement une lettre avec tous les motifs par lesquels j’avais démissionné. La lettre racontait que La Vache, après s’être soumise à une enquête auprès ses collègues, élèves et anciens assistants, avait été renvoyée.

25
juin

NASTRAHVIA

Dès que je bouge sur ma banquette, le soldat, d’un seul bond, braque sa Kalachnikov sur moi. Il me regarde d’un oeil féroce. Mon sang se fige, une vraie mitraillette et tout  près! Puis, ayant compris que je voulais juste jeter un coup d’oeil par la baie vitrée, il reprend sa place. Du haut de ses 2 mètres et plus, mon gardien ne me quitte des yeux. On attend.

Très tot ce matin, en compagnie d’un charmant guide roumain, on était arrivé  à l’aéroport International Borispol de Kiev en visite touristique. Organisée par une agence à Bucarest, quinze français et moi - la seule latino - devions faire le tour de Sainte Sophie, musées, églises, parcs. Plus tard, déjeuner, croisière sur le Dnipro, shopping, tout ça en vrai Speedy González (vous savez, le rat mexicain, le héros le plus sympathique et véloce du monde. Il a été accusé en 1999 comme étant ethniquement offensif aux mexicains, autrement dit, politically incorrect. Ce n’est pas tout: il a des amis qui fument et boivent!!! Le cartoon a été banni aux USA, pourtant il est toujours populaire dans les chaines TV latines).

Après ce petit hommage a Speedy, revenons à Kiev. A ce moment-là - les années 80 -, certains pays en Amérique Latine étaient dominés par des dictateurs fascistes et les portes soviétiques fermées à leurs citoyens. Pas question de se présenter sans visa sur son passeport. Mais l’agence à Bucarest avait oublié ou ignoré ce petit détail. Moi, je l’ignorais tout court. Me voilà donc essayant d’atterrir en toute innocence, porteuse d’un passeport virginal sans visa.

Le contrôle de passeports se faisait avant de quitter l’avion. On retenait le passeport, à sa place on vous donnait un livret qu’il fallait garder avec soin. Quand arrive mon tour, catastrophe! Les contrôleurs se regardent, me regardent, s’agitent. Consultation avec notre guide. Je ne comprends pas ce qui arrive, mais mon  passeport disparait rapidement et aucun livret ne le remplace. Je suis arrêtée sans ménagements, mon guide semble assez vexé et marmonne des excuses. Entre-temps le groupe m’attend dans le bus. Ils rouspètent bruyamment, se demandent de quoi il s’agit. Mais, qui est cette femme? Une espionne de la Cia? Ce délai va tout dérégler, on va manquer une partie du tour. Ces latinos! Allez, partons tout de suite!

Plus loin, deux soldats me font descendre de l’avion et me poussent vers la Zone de Transit. Isolée. Le guide a disparu, il est peut-être en train de faire des démarches chez la KGB pour me relâcher. Maintenant je suis seule avec mon redoutable gardien, puisque le bus et le nouveau guide sont déjà partis.

Impatience. Angoisse. La matinée s’écoule lentement en attendant l’accord de la police pour que je puisse sortir. Vers midi le guide apporte des nouvelles: les enquêtes sont terminées et je peux joindre mon groupe, qui déjeune dans un hôtel. Alors il faudra prendre un taxi… à mes frais!!!  Est-ce que j’ai bien compris? À mes frais? Ah, non, pas du tout, Monsieur le Guide. Ma furie se déchaine, c’est le bouquet! Alors le guide a dû se remettre. Il m’a offert, au nom de l’agence et le sien, des excuses sincères, le prix du taxi et son service comme guide.

Voilà une belle compensation. Je jouis d’un vrai tour guidé pendant le trajet jusqu’à l’hôtel, tout le long d’une route impeccable flanquée par des forêts luxuriantes.

De ma visite à Kiev, seulement la trouille, la vulnérabilité, l’impuissance et l’angoisse face au Pouvoir sont restés inoubliables.

par Ana Tejero

13
juin

Cauchemar sur le train (2ème partie)

1ère partie

À la gare de Turin nous attendent trois carabinieri qui ont pris la relève après celui qui, sans souffler mot,  nous avait gardés pendant le trajet. De ma part, aucune intention de prendre la fuite. Dans une ville inconnue? Une sans-le-sou? Sans papiers? Ce sera plus sage de se laisser faire et voir où ça mène.

Oui, ça menait tout droit vers le panier à salade. Allez, hop. On y monte. La voiture démarre comme un éclair, sirènes hurlant à toute vapeur. Les passants pensent: qu’est-ce qu’elle est efficace, notre Superpolice, ils ont sûrement attrapé des délinquants dangereux.

La Questura est un bâtiment énorme, et maintenant je suis seule, car mes copains délinquants ont été amenés ailleurs. Dans un bureau privé, je dois faire face au détective qui m’assaillit de questions. Qui suis-je, que faisais-je à Rome, où vais-je, etc. Ça devient grave, puisque sauf un vague souvenir de gros mots appris au Poste de douane j’ignore les mots plus ou moins savants qui pourraient m’aider tout de suite. Mais voici un interprète qui arrive.  Uff… Je raconte tout, adresse à Paris, lieu de travail, nom de ma banque, cartes de crédit, etc., etc.

Question:. numéro de votre passeport?……… Zut! Rien, zéro, oublié…

Question:  numéro de votre compte en banque? Rien, zéro, oublié…

Question:  numéro de votre Carte de Séjour? Rien, blanc total. Zut zut zut !!!

Et ainsi de suite. Seul peut me sauver une vérification consulaire. C’est ce que je demande aux italiens car je suis toujours une étrangère suspecte et malfaisante. Bientôt un officier de mon consulat arrive au secours. Il paraît que le détective a écouté son intuition et me laisse partir avec le  bonhomme qui a promis de me prendre en charge dorénavant.

Pour le reste, tout se passe très vite. Au Consulat, une fois toutes vérifications avec Paris accomplies, je reçois un prêt pour m’offrir un repas (finalement !), me balader et faire mes photos d’identité. Entre-temps le Consulat préparait un Laissez-passer, achetait un billet pour le train Turin-Paris de 21 heures.

Puis, un officier du Consulat m’a conduit vers une grande salle. Ou je me suis effondrée sur des Superfauteuils en cuir pour dormir (finalement) jusqu’à mon départ. De temps en temps et puisque je suis à moitié endormie, j’entends des pas très discrets qui respectent mon sommeil avec soin. Après, on me réveille doucement, un taxi m’attend pour me conduire à la gare.

Subir à nouveau les controles de douane, quel cauchemar !!! Est-ce que le douanier va accepter mon Laissez-passer, est-ce que, est-ce que… Pendant que le train roule j’ai des flash-backs, je revois ces paysans habillés en complet bleu. En attendant le départ du train ils sont toujours sur le quai, cette fois en face de mon compartiment. Ils ne font des adieux à personne. Ils me regardent à travers la fenêtre, font des grimaces, rient et chuchotent.  Maintenant je comprends, trop tard !!!

Quelques mois plus tard j’ai appris que, dans la matinée de cette journée, mes joyeux parents en vacances faisaient le tour de Turin en voiture. Mais moi, je traversait la ville en tant que prisonnière. C’est possible que nos chemins se soient croisés et qu’ils aient regardé d’un oeil curieux ce bruyant panier à salade!

par Ana Tejero

09
juin

Cauchemar sur le train (1ère partie)

Fin de vacances à Rome, je rentre à Paris pour reprendre mon travail. À la Stazione Termini le train attend, sur le quai il y a des groupes de gens qui font leurs adieux. Un petit groupe de quatre ou trois hommes et deux femmes bloquent mon passage quand je veux monter. Tous en costume bleu, bien vêtus. Trop bien vêtus. Chapeaux, cravate, chemise blanche pour les hommes. En tout cas, ils ont l’air de paysans venus pour une fête de mariage? qui sait.

Bon, donc, avec ma grande valise je finis par me faufiler parmi eux et je monte. Trouve ma couchette en haut, m’installe. Pip pip, voilà le train qui part tout doucement.

Suis prête à dormir jusqu’à mon arrivée à Paris.

Deux heures du matin. Le train s’arrête, il fait très froid, on vous réveille brusquement car on est à la frontière (Ventimiglia?)  pour le contrôle de papiers. Mon passeport et mon argent sont dans une pochette que j’avais mise dans mon sac. Mais hélas, la pochette n’est plus là, ni nulle part. Désespoir. Je cherche partout, est-ce qu’elle a glissé sur ma litière? Est-ce qu’elle est tombée par terre? Est-ce que,  est-ce… Non, disparue !!! Un vrai cauchemar !!!

Les douaniers me font descendre et, faute d’aide avec une valise de plus en plus lourde, je marche péniblement sur la neige. A quelques mètres se trouve le poste frontière, ils me poussent dedans sans ménagements. Le train est déja reparti.

Donc, me voilà au Commissariat, partout des sans-papiers, tunesiens, sudaméricains, marocains, qui hurlent sans comprendre l’italien, des flics qui hurlent pour se faire comprendre. Et des fois, en ajoutent des coups. Engeulades.

Un des flics est assis derrière un bureau, le reste, nous patientons debout. Ça dure des heures. À ce moment-là voilà que je reçois un cours express et gratuit de gros mots en italien. Remerciements! Je profite aussi de cette leçon.

Mais, encore plus important, j’ai compris ce que veut dire l’Identité. Comment prouver qui on est? Je pouvais bien dire que j’étais Mme. Bovary ou n’importe qui, ça aurait été pareil. Je prie le Grand Flic de téléphoner à Rome, demander si mon passeport a été trouvé à la gare ou sur les voies. Sauf pour l’argent le reste ne devrait être utile à personne.

Ah, mais non, nous, on a pas le droit de passer des coups de fil à d’autres villes. Même dans l’Italie? Même…

Le temps passe, pas de café, pas de chaise, pas de réponse, pas d’eau, c’est déjà bien entrée la matinée et on est fatigué, ennervé, on maudit les italiens, les voleurs et les flics. On déteste tout le monde.

Dans mon cas, M. le Flic a pris une décision. Me virer vers la Division pour les Étrangers en faute à la Questura de Turin, un Commissariat important dans une ville importante. Mais un petit détail, il faut prendre un train local, et dans ce cas, je dois payer mon billet. C’est pas cher pour un trajet court mais, de quoi il parle?, Je n’ai pas d’argent sur moi, ils sont au courant, ils s’en fichent. Cela dit, ils m’escortent jusqu’à la petite gare ou le train pour Turin attend.

Saisie d’étonnement!  Que faire? Je fouille dans mes poches. Rien. Et voilà q’un ange gardien apparaît sur le quai caché dans le corps d’un modeste flic. Il m’approche d’un air furtif, puis, en cachette, me glisse la monnaie dont j’avais besoin. Avec son doigt sur la bouche il me fait signe de me taire. Je faillis fondre en larmes. Pas question de lui rembourser, n’ayant rien sur moi pour le remercier. Sauf un simple briquet bon marché. Je le lui donne, les larmes coulent sur mon visage. Je fais la paix avec les italiens et quelques flics. Son visage est resté pour toujours dans mon coeur, tout comme son petit grand geste. Une nuit remplie de leçons, une fois de plus je comprends comment c’est inutile de mettre tout le monde dans le même sac.

Le train pour Turin démarre, nous sommes quatre détenus fatigués marchant vers qui sait quels nouveaux pépins.

 

par Ana Tejero

02
juin

Un jour de chance

J’ai mis les pieds à Santa Fe de Bogotá, la craintive et violente capitale de Colombie, dans une soirée dominicale. L’année, c’était 2005. Le mois : janvier.

Depuis Popayan, au sud, ce furent au moins 16 heures de voyage en agréable compagnie. L’adjectif n’est pas gratuit. Ça se doit à Paola, une véritable colombienne de Cali, source des plus belles femmes du pays.

Sans temps et pas de sou au-dessus, je n’ai pas pu y descendre et m’héberger sur la ville pour vérifier la célébrité du lieu. Je m’obstinais à arriver à Cartagena de Gabriel Garcia Márquez et le seul choix était d’avancer avec rapidité, en ne faisant des petits arrêts qu’à Bogotá.

L’arrêt de l’autobus à Cali, lors du déjeuner, m’a pourtant permis de rencontrer Paola, une brune de cheveux bouclés, « courbes » généreuses et manières de jeune fille de la banlieue de Rio. Paola ferait la brésilienne et marraine de batterie à n’importe quelle école de samba du Brésil.

Accompagnée, elle a embarqué avec la destination de Bogotá après avoir passé le réveillon avec la grand-mère et famille et a occupé tout de suite la place la plus au fond dans l’autobus – juste à coté de la mère et en face de sa grand-mère. Me voilà donc à vivre mon deuxième coup de bonne chance au même jour. Le premier avait été embarquer, mais de ça je m’occuperai plus tard.

De retour à la route, il n’a pas tardé pour que la mère de Paola se plaigne de l’impossibilité de pencher en arrière le siège. Des opportunités comme celles-là ne surgissent pas deux fois pour un voyageur solitaire. Bon coeur, je me suis mis à disposition d’échanger de place. La mère de Paola a occupé la mienne, alors que je me suis assis à coté de sa fille. Démarrer une conversation a été facile. Etre bavard et agréable c’est le bagage inhérent de n’importe quel backpacker.

On a bavardé sous l’ouïe attentive de la grand-mère de Paola, qui parfois trouvait une façon de s’y mêler. Lorsqu’on est arrivé à Bogotá, Paola, la mère, la grand-mère et presque la moitié de l’autobus savaient déjà toute la vie du journaliste et voyageur brésilien.

Sans conditions d’oser l’embrasser dans les ténèbres, je me suis contenté de débarquer avec son numéro de téléphone et un rendez-vous pour le lendemain sous l’excuse de lui faire me montrer la ville. Je les ai accompagnées au taxi et j’en ai pris le prochain, même si ça c’est contre mes principes de voyageur à petit budget – il faut le remarquer.

C’était minuit passée déjà, il n’y avait plus de transport publique régulier et l’auberge où je désirais me faire héberger était trop loin pour marcher. En plus, je savais que je me serais certainement fait voler. Le taxi était donc ma seule option.

Ç’aurait été un aboutissement de voyage commode et tranquille, sans l’inconvénient de flâner par une métropole à la recherche d’hébergement à bas prix. Cépendant, n’importe quel backpacker qui ait un tout petit peu d’orgueil doit être préparé pour l’impondérable. Moi, je ne l’étais pas.

Je suis entré en Colombie en autobus, provenant d’Equateur, sans presque rien de la monnaie locale que le suffisant pour bouffer un petit panini et payer le billet de bus. J’étais sûr que j’allais trouvé un bureau de change ouvert le lendemain (dimanche) et pour ça j’ai dispensé les échangeurs de planton à la frontière, une attitude prudente qui finirait par me mettre dans un caffouillis.

Mon billet me permettait poursuivre la route jusqu’à Cali, où j’arriverais dimanche matin trop tôt. Au réveil, je chercherais un lieu ouvert pour échanger les dollars que je portais dans le slip. J’ai pourtant résolu de descendre avant, à Popayan, sous l’invitation de Madalena, une jolie jeune colombienne qui a embarqué et s’est assise à coté de moi juste après avoir passer la frontière.

Pratiquement une adolescente, Madalena a entraîné la conversation et, pour ma surprise, m’a invité à rester chez elle, vu que ses parents étaient en voyage. Je vous avoue que j’ai accepté la proposition en supposant que j’allais avoir une longue nuit de sexe, chose rare pendant un backpacking, et un lit propre et accueillante… Je me suis trompé !

Madalena n’avait été qu’hôpitalière. En peu de gestes, elle a rapidement éclairé qu’elle ne voulait pas mes caresses. Même comme ça, j’en avais eu du profit. On a trop parlé et puis j’ai dû aller à l’impersonnelle chambre de visites.

Le lendemain, je me suis réveillé tôt, j’ai remercié ma cicérone et je me suis lancé vers la gare routière. Là-bas, sans le suffisant en sou colombien pour acheter mon billet à Bogotá, j’ai me suis rendu compte que j’allais avoir des soucis. Pas une des entreprises acceptait les dollars. Les bureaux de change de la ville n’ouvraient pas les dimanches parce que peu de touristes s’y lançaient pas.

Il ne me restait qu’espérer que la seule entreprise qui n’était pas encore ouverte accepte mes dollars. Ce fut quand la bonne chance est entrée en jeu une autre fois.

J’ai attendu que les gens de la queue se soient dispersées pour m’approcher du guichet. L’employé de planton, rude, a traité de mettre fin à mon espoir et m’a dit qu’il était défendu d’accepter des dollars.

Ç’aurait été un long dimanche plein d’ennui et perdu sans la compagnie de Madalena si ce n’était pas la gentillesse d’une femme âgée qui avait écouté mon chuchotement et s’est donc rapprochée. Elle a dit qu’elle achetait souvent des dollars, puisque sa fille habitait aux États-Unis et elle voulait lui rendre visite.

J’ai fini par réussir à vendre le suffisant de dollars pour acheter mon billet à Bogotá, ce qui était, dans ce moment-là, un avancement. Et c’est avec si peu d’argent dans les poches que j’ai débarqué dans la craintive capitale colombienne, considérée la ville la plus violente des Amériques.

L’argent dans la pochette ne suffisait que pour arriver à l’auberge en taxi. Et je devrais y être arrivé si ce n’était pas une barrière policière montée par l’Armée 200 mètres avant.

Les militaires ont été directes : le taxi ne pourrait pas continuer à cause de l’insécurité. On était à coté de la résidence officielle du président de la République Colombienne, l’adresse la plus visée du pays par les guérrilleros des Farcs intéressés de mettre un fin à Álvaro Uribe.

Ce qui n’était pas une mauvaise idée. Ce ne sont pas tous les colombiens qui disposent d’escorte personnelle dans ses errances par Bogotá. J’ai donc expérimenté une éphémère sensation de sécurité absolue qui du coup serait substituée par la crainte.

On a trouvé l’auberge avec les portes fermées. Evident, en s’agissant de l’horaire. Il était 1h déjà. On a tout essayé pour me faire entrer. On a appuyé sur la sonnette, on a frappé à la porte, on a donné un coup de fil du téléphone publique. Tout en vain.

J’ai donc demandé aux militaires s’il y avait des hôtels à bas prix aux alentours. La réponse a été décourageante. De la radio, sous une espèce de conférence montée pour sauver le voyageur brésilien, est venue une indication. Les autres hébergements se trouvent loin de là-bas. Moi, je n’avais pas de monnaie locale pour prendre un taxi, et marcher c’était trop dangereux.

J’ai convaincu les militaires à m’accompagner à l’adresse indiquée par la radio. Dans quelques minutes le tuyau s’est montré pas bien. Ce fut au coin de la dernière rue que j’ai pu voir briller sur la façade les cinq étoiles qui classifiaient l’établissement. Le prix était interdit même à un voyageur au point de dormir sur le trottoir. U$150 pour une nuit de sommeil dans la chambre la plus simple, une bagatelle suffisante pour me maintenir une semaine tout entière sur la route.

J’ai donc pensé : à part le froid, dormir devant le palace présidentiel ne serait pas mal. Au moins, je serais en sécurité. Ce fut quand il m’est arrivé le troisième coup de bonne chance de cette longue journée. Au même temps qu’on retournait à la barrière montée par l’Armée, le militaire à mon coté a aperçu qu’un clochard venait vers nous.

Le pèlerin était évidemment ivre, mais, d’après le militaire, connaissait le centre-ville comme la paume de la main. On lui a demandé s’il connaissait un hôtel à bas prix. La réponse, cette fois, a été encourageante. Il y avait un lieu. C’est vrai qu’il était bien fréquenté par les prostituées, mais il était bon marché, pas plus de deux ou trois dollars chaque jour. Pas de question de quoi faire.

Une fois sans la compagnie des militaires, mon guide et moi sommes partis. On avait juste commencé à marcher quand l’homme, qui se protégeait du froid avec un bonet noir, a bougonné qu’il avait faim. C’était le mot-clé pour régler les honoraires du service. J’ai été rapide au vif. J’ai averti que je m’étais fait voler et que je ne disposais que de 100 ou 200 pesos dans le porte-monnaie (à peu près 1,50€). Pour lui, c’était excellent. On a donc pu continuer.

Je suis arrivé à l’hôtel en sécurité. J’ai payé le prix combiné au clochard et je suis monté à mon habitation : rustique, pas de serrure et verrouillée avec un verrou. Pour celui qui allait dormir dans la rue, ça me suffisait parfaitement. La salle de bain, partagée entre tous de l’étage, n’avait pas non plus de serrure et était, en plus, innondée. À ce moment-là, j’ai dû conclure que pisser c’était une nécessité physiologique parfaitement dispensable.

Le lendemain, je me suis levé tôt, d’un bond, avec l’intention d’échanger les dollars au premier bureau de change ouvert, payer la cahute et chercher un hébergement moins hostile. Tout a marché comme le prévu – j’ai pu quand même vérifier si l’auberge était fermé à cause d’un congé de fin d’année.

Comme souvenir de toute cette épopée, j’ai porté sur le corps pendant quelques jours une bonne centaine de point rouges, probablement des piqûres de pouces qui ont participé d’un gros banquet à la brésilienne.

par Rodrigo Werneck

traduit par Maikon A. Delgado




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