Archive pour 23 janvier 2008

23
Jan
08

Le mariage de Nasratullah

Aujourd’hui Nasrat se marie à Kaboul. Nous partons vers la salle des événements ou, en plein après-midi, aura lieu la cérémonie.

Cet une belle journée d’hiver, le ciel est bleu, l’air vif et on aperçoit les montagnes enneigées en arrière plan. Nous faisons un détour et passons par l’aéroport. Encore les traces de la guerre, un vieil avion de chasse qui désormais ne fait plus peur a personne. Mélancolique et rouillé. A Kaboul il y a toujours un détail pour se rappeler, pas besoins de lire de millier de pages pour comprendre. L’histoire se déroule devant nous yeux.

Mais aujourd’hui est un jour de fête. Nasrat se marie avec….personne de notre groupe connait le nom de la marie. La « femme de Nasrat » fera l’affaire.

Devant la salle une foule de shawar kamiz et bourkas s’agglutine et nous nous joignons à l’attente. Echanges de regards, un sourit timide, des yeux interrogateurs. J’essaye de deviner les femmes qui se cachent sous ses tissus indigo. Mon imagination fertile part au gallot…et soudain un longue barbe noire. Retour a la réalité. C’est Abibullah, un des chauffeurs avec qui je suis allé jusqu’à Bamyan ils y a quelques jours. 12h de route magnifique entre montagnes, valles et champs de mines. « Khuda Afiz », bienvenue les amis ! et il nous ouvre le chemin. La chaleur de son accueil et la froideur de ces yeux de glace me transportent dans mes rêves. Un joueur de Bouzkachi aux allures des cavaliers de Kessel.

En montant les escaliers vers la salle, je suis quatre femmes en bourkas. Leurs chaussures aux couleurs vifs et leurs sacs a-main tout en frou-frou et paillettes laissent transpirer un peu de leurs vrai personnalité. Malheureusement nos chemins se séparent, elles d’un cote, nous, les hommes, de l’autre.

C’est assit dans une immense salle froide et presque silencieuse que notre attente commence. Les hommes se regardent, se scrutent et une camera fais le tour de tous les invites afin de les immortaliser. Ambiance assez formelle a la limite du chiant. Je me dis qu’en plus aujourd’hui il n’y aura pas l’effet désinhibiteur de l’alcool pour chauffer l’ambiance. Une bonne tasse de the et des raisins secs feront l’affaire.

Puis finalement, Abibullah nous rejoins. Nous échangeons quelques mots. Super, il a un plan pour aller voir ce qui se passe de l’autre cote, chez les femmes. Nous sortons discrètement et nous nous introduisons dans l’autre salle.

Surprise ! Tombés les bourkas, l’ambiance et bien plus gaie et décontractée. Elles dansent et chantent, belles et désinvoltes. Ces yeux maquilles qui nous regardent et cette joie de vivre. Je suis dans un autre monde. Le monde caché des femmes afghanes, celles qui dans la rue longent les murs, méfiantes et apeurées. Celles qui, a travers du quadrillage de leur voile, on vu les pires horreurs et continuent à subir encore plein d’humiliations. Elles rigolent le cœur léger. Un souffle d’air et de bonheur dans cette ambiance un peu pesante.

Mais nous devons partir, ce n’est pas bien de rester. Pour elles surtout. Nos regards inquisiteurs pourraient enlever un peu de leur pureté et de leur valeur. Partis, nous rejoignons les hommes. Deux mondes en contraste total.

Je réfléchis en sirotant mon thé bouillant.




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