Archive pour juillet 2008

30
Juil
08

Au pays des noirs et du blanc

La première fois que je me suis fait embarqué dans ses images, il m’a transporté dans le désert syrien, un de ces villages où le sable semble être le seul à avoir le courage de se déplacer pendant les heures les plus chaudes, puis je me suis transporter par ses images d’un pays à l’autre, voyageant à peu de frais et avec beaucoup de bonheur.

J’ai peu à peu appris à dompter ses magnifiques noirs et blancs, me laissant porter par les histoires que ses images nous transmettent. Privilège rare des images qui vous parlent, qui vous prennent par la main et vous font découvrir la vie qui se cachent derrière chaque cliché.

Le noir et blanc est un vieille amie, celle de mes premiers pas photographiques. C’est une amie fidèle, délicate, sensible, de celle qui vous change la monde pour vous le montrer encore plus vrai, plus cru, plus pur, sans le clinquant que vous impose souvent la couleur. Mais c’est aussi une amie exigeante, des heures à se battre sur une même image dans la lumière rouge d’un labo improvisé, pour enfin obtenir le noir que vous désirez, pour faire apparaitre les détails qui se cachent, pour faire disparaitre ceux qui veulent vous gâchera votre image. Mais quand vous avez entre les mains ce beau tirage dont vous rêviez, la satisfaction est immense.

Osmaneli

Le noir et blanc c’est aussi la magie des regards et chez Romann car c’est ainsi que ce nomme notre photographe ce talent des regards, des paysages, des noir et blanc purs chargés d’émotions vous explose à la figure à chaque photos.

Il est temps de se poser, de se lancer d’aller découvrir ces portraits, ces histoires, ces villages, ces villes. Chaque nouvelle image est une surprise, une découverte dans le monde riche et passionnant de Romann .

commençons par un petit tour en Syrie, continuons dans les rues d’Istanbul la sublime, prenez la route du reste de la Turquie pour enfin vous perdre en Asie.

Voilà, il est maintenant temps d’aller découvrir son site.

28
Juil
08

Le temps des trains

carte
Nous arrivons avec une heure d’avance, Le train partira avec 5 heures de retard.
Assis par terre, nous sommes écrasés de chaleur. L’attente n’est pas le problème, la chaleur oui. Nous buvons, nous mangeons, nous jouons aux cartes pour essayer d’oublier la puissance de la chaleur. Stratégiquement nous sommes pourtant dans l’air d’un ventilateur.
Nous jouons aux cartes, des gamins veulent apprendre. Nous leur enseignons nos jeux, ils nous enseignent les leurs, finalement nous jouons sans bien savoir quelle règle est d’actualité, qu’importe ce sont les rires qui remportent les parties.
Finalement le train arrive, nous cherchons notre wagon, nous cherchons notre couchette. Un ventilateur par couchette, le bonheur d’un luxe indispensable. Le train démarre, s’enferme dans la nuit.
Dans quelques heures je serai assis sur le pas de la porte ouverte. A chaque arrêt un flic m’éjectera pour la fermer. A chaque départ je l’ouvrerai et me rassirai pris par la beauté d’un désert où les hommes s’efforce de faire pousser la vie.
attendre

25
Juil
08

Droit de réponse

Sur un commentaire de Tonio :

« Buenaventura … un coin du pays où je n’ai jamais mis les pieds et, en général, on le déconseille. Pourtant, selon tes dires, rien de tout ça, même si c’est un coin surmilitarisé. Une fois de plus on apprend que l’information depuis l’extérieur est faussée … Bogotá étant l’extérieur pour une immense majorité du pays! »

Je rebondis! :

Je ne déconseillerai pas Buenaventura.
Buenaventura est une enclave noire mâtinée
d’une civilisation interlope perdue dans la mangrove
au pied de la sierra.
Buenaventura est une ambiance à elle seule.
Je conseillerai, par contre, et plus que fortement,
de ne pas mépriser les conseils des colombien(ne)s
qui ne manqueront pas vous dissuader.
Il suffit d’affirmer son intention et de laisser se déclencher
une des caractéristiques qui m’ait le plus frappé
dans ce pays si accueillant : une constructive fierté nationale.
Ils se mettront alors en quatre, ameuteront leurs réseaux,
temporiseront, partiront à la pêche aux informations, …
jusqu’à ce qu’ils soient sûrs que le trajet est sans risque.

A aucun moment, vraiment à aucun moment,
je me suis senti en danger.
Mais il y a eu des échauffourées dans la semaine
qui a précédé mon passage
et je n’étais pas parti depuis 3 jours
que des grenades explosaient dans la ville.
Maintenant il est vrai que la route est bordée
de postes militaires surprotégés et surarmés.
Que, sur quelques dizaines de kilomètres, et épisodiquement,
j’ai croisé des colonnes de militaires
patrouillant « pas pour de semblant ».
Que l’histoire raconte que, sur les toits des taudis alentours,
les antennes ostensiblement flambantes neuves
signalent les informateurs de tout type de groupes
potentiellement malintentionnés et non gouvernementaux.
Il y a ensuite quelques précautions de base à appliquer :
• garer son véhicule dans le sens inverse de sa route,
• brouiller les pistes en mentant effrontément sur sa destination,
• dramatiser ses motifs de venue;
• …

Mais, je le répète : Buenaventura restera un grand souvenir
et la proximité du danger n’est pas chose à m’exciter!!

Une anecdote?

Je me promenais dans la ville à la recherche d’un point culminant
quand j’ai vu ce château d’eau. Le rêve!!
Je trouve le chemin vers ledit château d’eau.
Au passage, je croise une armoire à glace qui jouait avec un pistolet,
assis sous le auvent de sa terrasse.
Pas grand spécialiste des armes à feux, …
autant dire que je fais mine de ne pas le voir,
comme je fais mine de ne pas l’entendre quand il me siffle.
Une fois, deux fois, trois fois, je ne peux décemment plus l’ignorer!
La gueule enfarinée je me dirige vers lui avec un grand sourire.
Il ne sourit pas du tout.
« Tu vas où? »
« C’est quoi cette caméra? »
« T’es fou? tu n’as pas remarqué qu’il y a plus de militaires
que de chiens dans le quartier? »
« Pourquoi tu veux monter là-haut? »
« Si tu veux avoir une vue sur la ville, vas au bout de cette terrasse! »
« Tu viens d’où? »
« Tu travailles pour quel journal? »
Interrogatoire en règle.
Et puis … je me rends compte que le pistolet est le jouet de son gosse,
qu’il est en train de le remplir de petites boules rouges.
Mouais!! Euh!! Bien imité, le jouet!!
« Tu ne préfères pas plutôt qu’il joue avec une trottinette »
« Pourquoi pas une Kalachnikov? »
5 à 1O minutes de conversation bonne enfant et il siffle son neveu
qui rentrait du port, son casque sous le bras.
« Accompagne-le là-haut! »

D’une part, c’est fou ce qu’un point culminant peut être instructif.
Où que ce soit!
D’autre part, je n’aurai pas pu faire les images attendues sans lui.

En attendant, vue d’en haut,
il y avait effectivement plus d’uniformes que de chiens.
Et dans la région il y a rarement de fumée sans feu!!

23
Juil
08

Train et d’autres amours V

1ère partie, 2e partie, 3e partie et 4e partie

Une fois à la ville-lumière, en arrivant à l’appartement où je m’hébergeais, à Belleville, la première chose que j’ai faite c’était l’appeler.

Bonjour, c’est moi !

Bonjour, t’es venu !

Oui. Tu pensais que j’allais pas venir ?

J’pas.

Je veux te voir.

Moi aussi je veux te voir, mais le seul problème c’est que mes horaires sont compliqués à cause de mon déménagement.

Dis-moi à quelle heure et où que j’y serai.

Écoute, moi je peux cet après-midi, vers 16h, à la petite place à Châtelet. Tu la connais ?

Oui.

Parfait.

On se rencontre là-bas alors.

On se rencontre…

J’étais là-bas à l’attente avant même 16h. De loin, je l’ai vu arriver. Par hasard, le même jeans de l’autre jour, mais une autre chemise. Pour ne pas en dire trop, elle était absolument étonnante. Ce fut l’avoir vu pour être sûr, à nouveau, que c’était elle la femme de ma vie.

Coucou.

Elle m’a embrassé sur la joue et m’a fait un hug.

Jourbon.

Moi, je souriais comme un con d’être à son coté une autre fois.

Elle a pris ma main dans la sienne et m’a poussé.

Je connais un petit coin sympa par là. On y pourra parler tranquillement.

En fait il y avait un coin très calme au milieu de la zizanie de Chatelet. On s’est jeté sur le gazon, s’est déchaussé et a bavardé pendant des heures. Parfois, elle se faisait caresser par moi, d’autres fois c’était moi.

Lis était toute ravissante. Enthousiasmée d’aller à Londres enregistrer son premier CD solo. Son souris s’épandait de l’un coté du visage à l’autre.

À cet instant-là, mon cœur sautait déjà par ma gorge. J’avais tellement envie de lui dire tout ce que je sentais (que c’était elle !), mais ou je n’avais pas de courage ou je ne trouvais pas d’opportunité. Jusqu’à ce que, son idée, on s’est levé et est allé prendre un café. On s’est assis vis-à-vis, de façon que je ne risquais pas de la suffoquer et lui donnais encore de l’espace pour courir. Je me suis donc déclaré. Sincère et ouvertement. Je n’ai rien caché et ai tout dit. Que je n’avais pas pu ne pas arrêter de penser à elle, que j’en étais amoureux, que je savais qu’elle était la femme, que je pouvais l’accompagner n’importe où elle aille.

Elle a écouté tout ce que j’avais à dire. Son silence, faut-il le dire, m’a laissé de plus en plus apréhensif. Lorsque j’ai terminé, je lui ai dit, si elle ansi le désirait, qu’elle pouvait partir tout simplement, sans avoir besoin de dire un seul mot. Lis s’est levée et est entrée au café. Je crois qu’elle est allée aux toilettes. Trois minutes après, comptées à la montre en extrème état d’afflition, est retournée, s’est assise, a regardé dans mes yeux et a dit :

Je veux pas partir.

J’ai dû brouillonner un sourire malin. Elle a continué :

Mais je vais t’avouer que j’ai failli partir. C’est pour ça que je suis allée aux toilettes, afin de voir si j’y réfléchissais un peu. C’est pas que je voulais partir parce que j’ai pas aimé ce que t’as dit. Tout au contraire. J’ai pensé partir parce que j’avais peur, et partir c’est toujours comment je finis par agir dans ces situations. Je vais être franche avec toi : j’ai peur des relations amoureuses. J’ai déjà essayé une fois, ça fait longtemps, mais ça n’a pas marché et je me suis faite blesser. Depuis lors, j’ai l’habitude d’échapper des gens que j’aime davantage et je finis par être avec ceux qui veulent rien de moi. Je t’aime bien, depuis le premier moment que je t’ai vu arriver à la gare. Pourtant, j’ai peur, trop peur d’être avec toi, spécialement parce que tu sembles être la personne parfaite pour moi. Tout serait parfait entre nous deux. C’est pas juste une croyance, c’est une certitude. Néanmoins, et je sais que je vais m’en repentir, j’arrive pas à faire face à mon peur. En plus, je sais que je plongerais de tête dans une histoire avec un mec comme toi, c’est bien moi ça, et je ne peux pas le faire pour l’instant. Je suis dans un moment déterminant de ma carrière, et d’une certaine façon c’est la seule chose que j’ai vraiment. Je peux pas te demander ça, mais je voudrais tu comprennes…

Moi, au contraire de ce que je pourrais imaginer, j’ai eu une épiphanie. C’est comme si tout, d’un seul coup, faisait du sens et s’organisait. Ce sont rares les moments où ça m’arrive. Celui-là en a été un.

Je te comprends. Vraiment. Je crois qu’il faut aller après ce que tu veux, t’y plonger complètement. Ça peut être fou, mais je sais qu’un jour on sera ensemble, tôt ou tard.

Elle a souri. Moi aussi, surtout parce que, dans ce moment-là, j’étais sûr qu’un jour on allait nous rencontrer (et qui dit que ça ne va jamais se passer ?). Elle a pris ma main, m’a caressé le visage et a failli m’embrasser.

Ce que je voulais davantage c’est t’embrasser, mas je peux pas. Je peux pas parce que je sais si jamais je le fais je vais pas réussir à suivre, parce que je ne ferais que penser au goût de ta bouche. Je te prie d’essayer de me comprendre. T’embrasser c’est tout ce que je désirais, mais je ne peux pas.

Quoique je te désire vachement, je te comprends.

Elle m’a pris de ses bras, a approché son visage du mien, presque lèvre sur lèvre (j’ai failli l’attaquer !), a touché son front sur le mien et a laissé tomber une larme.

Faut que je parte maintenant.

Je voudrais te revoir encore une fois.

Tu crois que ça va être bon pour nous ?

Aucune idée, mais je veux te revoir.

D’acc. Pourquoi tu ne viens pas chez moi demain? Appelle-moi avant pour savoir comment marche mon déménagement.

Ok.

suite…

21
Juil
08

Un sourire salé

Maras, c’est d’abord une combe qui ouvre la montagne,

Puis un torrent aux rives étrangement blanches,

Puis un chemin qui crapahute dur dans la montagne,

Puis un tache blanche croquant celle-ci,

Puis des bassins en terrasse, blanc,  gris,beige, brun, rouge…

Puis des dizaines de points noirs ramassant, raclant le sel,

Puis des tas de sels aux couleurs distinctes,

Puis des enfants pieds nus courants, éclat de rire.

Continuer son chemin, la saline devient palette de peintre,

Puis on arrive sur le plateau,

Puis on arrive au village,

Un restaurant, une soupe chaude,

Un souvenir qui préfère rester un rêve.
Salines de Maras

carte

18
Juil
08

Train et d’autres amours IV

1ère partie, 2e partie et 3e partie

À Amstelveen est-elle allée, alors que je me suis dirigé au hostel, en figurant que mon ami avait déjà pris tous mes trucs au parc. Lorsque je suis arrivé à l’auberge, mon ami n’était pas là. J’ai demandé à la réceptionniste s’il avait déjà fait le check-in et elle m’a répondu que oui. A complété en informant que moi aussi je l’avais déjà fait théoriquement. Chambre n° 203, lit 8. Je suis monté à la chambre, j’ai trouvé mon lit sans mes choses au-dessus et au-dessous. Je suis descendu, j’ai demandé quel était le lit de mon ami et je suis remonté pour voir si mes trucs étaient ou sous le lit ou dans son locker. Pas non plus. J’ai pensé : « Putain, est-ce qu’il n’a pas pris mes choses en pensant que j’allais le faire pour aller n’importe où avec Lis ? ». Dans le moment, c’est ce que j’ai pensé. J’avais été si con que je n’y ai pas pensé deux heures avant.

J’ai couru jusqu’au parc (il était déjà minuit). J’avais trop peur de m’être fait tout voler et avoir perdu l’infime quantité de vêtements que j’avais. Désespéré, je n’ai pas réussi à trouver mon sac à dos. J’ai paniqué. J’ai eu de la chance quand je me suis calmé et me suis rendu compte de que j’étais en train de chercher dans le mauvais lieu. Quand j’ai trouvé le bruisseau qui avait servi de cachette, j’ai vu que, quoique j’aie mal agi en avoir hésité (chose que je ne découvrirait qu’après), ce 9 septembre 2004 était, sans aucun doute, mon jour de chance par excellence : toutes mes choses étaient là, de la même façon que je les avais laissées.

Soulagé, je suis retourné au hostel et j’ai pris une douche. J’en avais vraiment besoin. Je suis sorti pour rencontrer mon ami, qui, pendant mon absence, m’avait laissé un mot pour dire où il était. Après l’avoir rencontré, je suis rentré et j’ai dormi avec la pensée de que j’allais rencontrer Lis tôt le matin. Mon idée était de me lever vers 7h, prendre le petit déjeuner, préparer mes machins et vers 9h l’appeler en lui disant à quelle heure j’arriverais. Trop simple.

Avec le billet en main, je lui ai passé un coup de fil. Le portable a sonné et elle n’a pas répondu. J’ai réessayé et elle n’a pas encore répondu. J’ai dû l’appeler quatre ou cinq fois et rien. Il est automatiquement passé par ma tête qu’elle avait désisté de moi et de notre histoire. Merde ! Merde ! Des gros mots étaient la seule chose que j’arrivais à dire dans ce moment.

Après à peu près une bonne heure, ayant déjà raté le train (quoiqu’il y en ait un à chaque demi-heure), j’ai désisté. Je pouvais aller comme un fou après elle, mais je savais que je n’allais pas la retrouver. Je suis retourné au hostel, j’ai réveillé mon ami et on est allé à Rotterdam.

Ma frustration était énorme, inénarrable et apparamment infinissable. Arhhhhh !

Une fois à Rotterdam, deuxième jour là-bas, j’ai résoulu l’appeler une autre fois juste pour ne pas me repentir après. Et n’a-t-elle pas répondu ?

Alô?

Alô.

Bonjour, c’est toi ?

J’ai essayé de t’appeler…

Saperlipopette, je suis heureuse que tu as appelé !

Ah bon ?

J’attendais ton appel.

Ah bon ?

Ouais. Vraiment désolée. Mon portable est resté hors service pendant deux jours. Des problèmes de signe. As-tu essayé de m’appeler ?

Quelle question !

Oui, plusieurs fois.

Non, vraiment désolée. Je voulais tellement que tu sois venu. À propos, je le veux encore !

J’ai dû me calmer.

Moi aussi.

J’allais t’inviter pour venir maintenant, mais une très bonne chose m’est arrivée et j’ai besoin de rentrer Paris aujourd’hui.

Qu’est-ce que c’est passé ?

Je vais signer un contrat avec un label anglais et j’ai besoin de déménager au plus vite possible à Londres.

C’est vrai ça ?

Merveilleux, n’est-ce pas ?

Absolument oui.

Je vais donc être à Paris d’aujourd’hui le soir trois jours. Ce sera le temps de résoudre ma vie là-bas.

Putain, incroyable ça !

Si jamais tu peux venir me voir avant que je sois partie, ce serait sympa…

Quoi dire ? C’est certain que j’ai tout préparé pour être à Paris dans deux jours. J’avais vraiment besoin de la revoir.

suite…

16
Juil
08

Jusqu’où porte ton regard ?

Le premier regard sur un fleuve est toujours un moment particulier, un moment rare, celui de la découverte d’un être respectable, passionnant, surprenant. Mais quand ce fleuve se nomme Gange cette rencontre est un cérémonial qui vous change à jamais.
A peine descendu du train, nous nous perdons dans les rues de Varanasi, petites rues étroites, tortueuses dans lesquelles il est bien complexe de se repérer. De rue en rue nous nous approchons du fleuve que nous devinons, que nous cherchons au travers la muraille des maisons.
Un petit gars nous aborde, nous propose un hôtel, le prix est raisonnable, il nous assure que la vue sur le fleuve est magnifique, nous le suivons. L’endroit est agréable propre, la douche après la première expérience des trains indiens est un immense bonheur.
Le soleil descend tranquillement quand nous grimpons sur le toit. La vue nous laisse silencieux, contemplatif : Enlacements de terrasses, de maisons, puis le Gange.
De nombreux singes roux partagent avec nous ce tranquille crépuscule. Alors que les rues de Varanasi ne sont que bruits et odeurs, la haut un doux silence et l’odeur du vent nous approche.
Sur le fleuve quelques barques, sur l’autre rive le désert, le tout baigné d’une lumière dorée.
Mon regard se porte sur cette femme qui contemple ce que nous contemplons…

Le Gange a Varanasi - Inde

carte

blog sur l’Inde

toutes mes errances photographiques

14
Juil
08

Hakuna Matata

Mais quelle phrase magnifique, Hakuna Matata quel son fantastique… vous connaissez sans doute la ritournelle du de Roi Lion des studios Disney; A l’époque j’avais 17 ans, mais on est jamais trop vieux pour cesser de regarder les dessins animés qui sortent au cinéma. On se trouve toujours un petit cousin, un parents plus ou moins éloigné à accompagner. Ca tombe bien ma petite soeur devait avoir 10 ans.

Nous étions à bord de Mitsio et faisions du cabotage autour de Nosibe. Le skipper (Eric?) parlait français, le moussaillon non. C’était un garçon d’une dizaine d’année au large sourire; nous l’avions embarqué pour quelques jours puisque notre route vagabonde l’arrangeait.

Un après midi, nous péchions à la ligne depuis la jupe arrière. Il faisait beau, la mer était tranquille et limpide, la côte luxuriante, des vacances de rêve en somme. Depuis le début de la partie de pêche, nous faisions silence et l’on entendait seulement le clapot et le bruit d’une drisse dans le haubans. Ce devait être l’heure sacrée de la sieste dont le succès était assuré par le cocktail Rhum-Repas-Soleil. Et tout l’équipage bercé par un léger clapot était assoupi.

Nous ramenions à bord de quoi faire une bouillabaise tropicale pour dîner. Je pousse alors la chansonnette fredonnant. Quelle ne fut pas ma surprise de voir voir mon jeune compagnon au premier refrain rigoler et me baratiner quelque chose d’incompréhensible ponctué d’Hakuna Matata! Comment aurait-il pu voir le film? De toute évidence il ne l’avait jamais vu, mais Hakuna Matata est un mot emprunté au malgache… une joie partagée par 2 garçons d’univers si différents qui se trouvent un petit quelque chose en commun.


La carte.

11
Juil
08

le doux frottement de l’eau sur la coque

Depuis quelques jours à Pokhara, nous nous laissons doucement portés par la tranquille torpeur de la ville. Les montagnes nous entourent, le Machapuchare* nous domine de toute sa splendeur, faisant de la neige et du vent un spectacle de magie.
Il est 6 ou 7 heures du matin. Le soleil peint le lac d’agréables couleurs. La brume sourit sur les hauteurs. Dans ce silence frais un légers clapotement. Sur l’eau une fine barque avance comme dans un rêve, la musique de la coque, de la rame et de l’eau passe tranquillement, puis s’éteint. Une brise invite alors le lac à chanter.
Lac de Pokara

* Le sommet qui domine Pokhara dont le nom signifie queue de poisson, c’est un de splus beau sommet hymalayen, même s’il est relativement bas : 6993m . Il est très rarement grimpé car c’est un lieu sacré pour les Népalais.

toutes mes errances photographiques

09
Juil
08

Train et d’autres amours III

1ère partie et 2e partie

Ce ne fut qu’après lui avoir parlé que je me suis souvenu de que j’étais accompagné d’un ami, qui était allé à la plage et qui en retournait avec moi, toujours à mon coté. Je vous avoue qu’il avait été offusqué par elle.

C’était quand il est arrivé, hébété et complètement surpris d’avoir eu courage de lui parler et de ne pas encore avoir reçu une gifle sur l’oreille.

Putain, c’est que…

J’ai même pas commencé à parler, il avait déjà tout compris.

Pas de problème. Allez-y, mon vieux. Puis on se rencontre au hostel.

Et il s’est éloigné.

Elle, qui sera dorénavant appelée Lis, a trouvé tout ça un peu étrange, mais tout de suite a souri et dit :

Moi aussi, je préfère comme ça.

Hébété.

Écoute, je connais très peu Amsterdam, mais j’ai vu un tas de cafés dans cette direction-là.

Ne t’inquiète pas, moi je connais un tout petit peu. Près d’ici, y a un lieu qui est pas mal du tout. Si ça te gêne pas, on pourrait marcher.

Pendant la marche, la conversation a déployé. Moi, dans ma petite expérience amoureuse, je sais que c’est quand la conversation se déploie que vous avez besoin de vous en préoccuper. Autre motif pour penser qu’elle était/est la femme de ma vie.

Avant même d’être arrivés au café, elle savait déjà quelques choses intéressantes sur moi. Par exemple : il était mon anniversaire.

Je te ferai un cadeau que tu n’oublieras jamais.

Et je n’ai jamais oublié, surtout parce qu’elle m’a rattrapé par mon talon d’Achille : la nourriture (je dis et je répète ça souvent : mon péché préféré est la gourmandise). Elle m’a donné mon premier pot de Häagen Dazs. Du chocolat suisse avec des noix de cacao et des petits morceaux entiers de truffe… Repas des dieux. Je me suis senti jadis avec un pied dans le paradis.

Mon cadeau n’a été pourtant donné qu’après.

Toujours au café, ambiance réservée, on s’est assis dans un coin, loin de tous. Au contraire de ce que j’ai l’habitude de faire, j’ai pris la place d’à son coté. La première fois je m’assois toujours en face de la fille par plusieurs motifs particuliers. M’assoir à coté prescinde déjà un peu de confiance, choses qu’on acquiért après avoir eu une bonne conversation. Avec elle, j’en étais déjà sûr.

Si la conversation, lors de l’allée au café, avait déjá déploié, les deux assis c’était encore mieux. Lis m’a raconté toute sa vie. De parents cubains, elle est née à Havanne, d’où ils se sont échappés lors de son infance, vu qu’ils étaient des anticastristes. Ils ont pris deux kayaks ouverts, l’un pour la famille et l’autre pour leurs biens, et se sont dirigés en haute mer vers les États Unis. Ont débarqué à Floride et ont fini par s’installer à Miami, où, par hasard, elle est dans cet instant-là.

Elle y est passée sa jeunesse et aux 16, 17 ans est allée vivre à New York pour étudier. Est entrée au conservatoire de musique de la ville (dont le nom je me souviens plus). Avec des amis, a monté un groupe, qui peu à peu a eu du succès. Il y a eu quelques concerts à New York et à d’autres villes importantes de la région jusqu’à ce qu’ils ont signé avec un label musical hollandais (voilà la Hollande qui commence à se faire expliquer). Ils sont allés en Europe, y ont fait quelques concerts et, pour enregistrer leur premier CD, ont déménagé à Amterdam. Lis y a habité à peu près deux ans.

CD enregistré, ils ont continué à faire du succès et, par des motifs de désaccord parmi les participants du groupe, elle est partie. Est allée habiter Paris, où a essayé de se faire une carrière solo. Ce fut quand, grâce à une rencontre des anciens amis, elle est allée leur rendre visite à Amstelveen. Le 9 septembre 2004, lors de mon anniversaire de 23 ans, elle a décidé de passer le jour tout seule pour réfléchir. Beaucoup de choses se passaient dans sa vie, lesquelles vont finir par postérieurement influencer mon histoire avec elle.

Les deux étions allés à Zandevoort aan Zee pour réfléchir. Elle à cause de tous ces motifs ; moi parce que je faisais 23 ans, j’habitais hors du Brésil pour la première fois et je décidais, comme je le fais presque tous les jours, quoi faire de ma vie.

Au café, le temps est passé en un clin d’oeil. Du coup, il était 20h (il faut ne pas oublier qu’en Europe, en été, le coucher du soleil n’est qu’à 22h).

Pourquoi on ne paie pas et ne profite pas qu’il y a encore de soleil pour nous promener.

Pas mal comme idée.

Elle m’a pris de la main et m’a conduit vers la rue. J’ai cru qu’on allait nous embrasser, mais c’était évident qu’elle était encore craintive. Peut-être parce qu’elle en avait peur, peut-être parce qu’elle avait été blessée d’une histoire du passé. J’ai décidé ne pas la pousser.

Elle m’a conduit par les rues d’Amsterdam, en me montrant ses lieux préférés et me racontant des histoires. Notre conversation semblait ne jamais avoir fin, ce qui, pour moi, était parfait. Même aujourd’hui, si la fille n’est pas bavardeuse (pas dans le sense de trop parler, mais dans celui de savoir bien parler), je finis par ne pas en vouloir plus.

Lorsqu’on est passé devant un supermarché, elle m’a pris de la main et on est entré.

C’est là que je vais t’acheter le cadeau dont tu n’oublieras jamais.

Häagen Dazs. Pas de commentaires.

On s’est assis sur l’escalier de la place d’en face et, avec les petites cuillères de plastiques offertes par la cassière du supermarché, on a dévoré le pot tout entier. Il faut que je dise que Häagen Dazs a finit par être vaincu par Persicco, d’Argentine, mais ça ne veut pas dire que ce premier pot-là, aux 23 ans, a perdu tout le symbolisme qu’il a pour moi. Tout au contraire.

Nos mains se sont touchés plusieurs fois. Nos regards se sont entre-croisés et se sont congélés l’un dans l’autre pas mal de fois, mais quand même j’ai senti qu’elle avait peur. J’ai continué à ne pas vouloir la forcer. D’autre part, j’ai perdu la compte de combien de fois elle a passé la main sur mon visage en geste de caresse.

Vers 23h, juste quand on était devant la catédrale de Amsterdam, avec les cloches sonnant les 23h, on a su qu’allait se passer quelque chose. Il y a eu entre nous, la première fois depuis qu’on s’est parlé, un silence. On s’est regardé fond dans les yeux, s’est approché et a évité d’avoir besoin de décider.

Tu viens avec moi jusqu’à la gare pour acheter mon billet ?

Bien sûr, quoi.

Chaque minute de plus avec elle était, pour moi, un plaisir.

Il y avait encore beaucoup de places dans le train. Elle a acheté le billet, a payé et, en me poussant d’à coté, m’a demandé :

Pourquoi tu ne viens pas avec moi à Amestelveen ? Tu pourrais rester chez mes amis sans aucun problème.

Quoi ? Quoi ? Quoi ? Je n’arrivais pas à croire à ce que j’avais écouté. Au même temps et par contre, un tourbillon de pensées, qui listaient pas mal de problèmes l’un après l’autre, a commencé de passer par ma tête. Argent : je n’avais que deux euros ; il fallait lui en prêter pour le billet et pour n’importe quoi d’autre chez ses amis. Vêtements : ceux que je portais, qui étaient sales. Vêtements : mes choses étaient restées cachées au Vondelpark, au milieu du bois, où j’avais dormi le soir pour ne pas avoir/vouloir épargner de l’argent. Passeport : dans le cabinet du hostel où j’allais dormir ce soir-là, une fois que j’y avais fait la réservation le jour avant. Amstelveen : c’est où ça exactement ? Amis : qui ? Mon ami : comment l’avertir ? Est-ce qu’il se préoccuperait de moi ? J’ai fort hésité.

D’un coté, j’avais trop d’envie d’y aller.

D’autre coté, je n’arrivais à voir que des tracas.

J’ai hésité. J’ai hésité. Et elle s’est rendue compte de que j’hésitais.

Aï, j’pas. J’ai pas d’argent, toutes mes choses sont là, mon ami va devenir fou pour savoir où je suis.

Écoute, c’est pas grave ça. Si tu crois qu’aujourd’hui c’est pas bon pour toi, tu peux y aller demain. Je te donne mon numéro de portable et tu m’appelles.

Ah bon ?

Bien sûr.

Elle m’a donc donné son numéro et j’ai décidé que ce serait mieux d’aller la rencontrer le lendemain.

Ma joie a été sans mésure. Pourtant, je ne savais même pas qu’avoir hésité et ne pas être allé a été une des plus grandes bêtises amoureuses que j’ai déjà faites dans ma vie, sinon la plus grande.

Néanmoins, de l’avenir je ne savais rien. Pour moi, on irait se rencontrer le lendemain et, qui le sait, notre passion en attente ébouillirait finalement.

On a pris congé l’un de l’autre sans nous être embrassé. Pas encore. Son regard, pendant le départ, n’a que certifié plus encore la certitude de que c’était elle. Quoique nous nous soyons pas embrassés (je sentais qu’elle le voulait mais ne le voulait pas à la fois), nous nous sommes touchés les mains l’un de l’autre jusqu’à ce qu’elle est montée dans le train.

suite…




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