Archive pour août 2008

26
Août
08

Laos – village de Vieng Phukha – jour 811 du tour du monde

Le soleil est bas lorsque Wongsai me ramène au village, après une longue journée de marche qui nous aura emmenés jusqu’aux ruines d’un temple perdu dans la jungle. Il paraît que beaucoup de gens hésitent à s’en approcher, car de nombreux esprits y rôderaient encore, s’amusant à désorienter les visiteurs imprudents pour les faire tourner sans fin autour du temple. A l’entrée du village, c’est l’heure du bain dans la rivière, non seulement pour le plaisir, mais aussi pour laver tout ce qui a besoin de l’être : les gens, les habits, les scooters, et même un gros camion. J’enlève mes chaussures, et Wongsai me sourit en constatant que j’ai bien retenu ses leçons sur comment se débarrasser des sangsues : les décoller en passant une lame de couteau à plat entre la peau et la bouche avide, puis poser un bout de papier sur la plaie pour stopper la coulée de sang.
Je m’imagine déjà prendre une bonne douche lorsque je passe devant la cabane de bambou, ouverte à tous les vents, qui sert d’école communale. Quelqu’un m’interpelle : c’est Thongchanh, le prof d’anglais, trop content de tomber sur un « falang » (un blanc) qui va se faire un plaisir de prendre sa place. Je me dévoue donc pour enseigner quelques rudiments de la langue de Shakespeare concernant les parties du corps, les couleurs, les sentiments (avec tout le cinéma et les mimiques qui vont avec). J’ai huit élèves sur les bancs, et trois fois autant agglutinés à l’extérieur, médusés par cet étrange instituteur sorti de nulle part. Lorsque la leçon dérive sur les animaux, ma tâche devient soudain plus facile : il me suffit de montrer du doigt ceux qui se promènent à côté de la cabane. Le crépuscule s’installe, Thongchanh allume une bougie qu’il place sur le bureau, et refuse de donner congé à sa classe tant que je n’ai pas chanté une chanson en anglais. Ce sera donc la première qui me vient à l’esprit, peut-être inspirée par la magie du moment : Knockin’ on Heaven’s door…

baignade du soir

baignade du soir

des élèves attentifs

des élèves attentifs

21
Août
08

Chemin d’Itupava

Ça commence avec un désir de faire une agréable randonnée au milieu de la forêt atlantique. Un trajet, appelé Caminho do Itupava, de 40km qui traverse la Serra do Mar (Sierra de la Mer) par de voies de tropeiros (des voyageurs typiques du Brésil colonial, qui ouvraient les routes internes du pays de leurs propres mains sur des ânes) et finit au début d’un des bras de la Baie de Paranaguá, à Porto de Cima, près de Morretes.

Le trajet, on l’avait déjà fait plusieurs fois avec d’autres amis. Soit la descente, soit la montée. Pas de problème non plus pour les 8 heures en moyenne de durée. On s’y faisait déjà.

Mais Bruno, plein d’idées révolutionnaires (voir Petite virée en stop), suggère de faire une randonnée nocturne. Comme ça on pourrait camper au milieu du parcours, dans une petite chapelle, bas un ciel complètement étoilé, faire du feu et causer avec des marshmallows.

par Adilson Gomes

Chapelle (par Adílson Gomes)

Bruno et moi, on arrive à Quatro Barras, point de départ, vers 17h (le coucher du soleil était vers 18h-18h30.) Sacs à dos en main, on prend le chemin. Ravis, on commence à marcher tous enthousiasmés. La perspective c’était de 40km de diversion, drôleries et bavardage.

Quand le soleil se couche, on prend nos lanternes pour illuminer les pas d’en avant. On marche 30 minutes, 1 heure. Sans aucun souci, on arrive à l’ancienne maison que Dom Pedro I a utilisé pendant son bref séjour au département.

par Alessandro Dias

Maison de l'Ipiranga (par Alessandro Dias)

Jusque là, le chemin c’est très évident. À partir de là, d’autre part, il faut prendre certaines voies pour arriver à la chapelle.

On prend une voie et on suit. Peu à peu on commence à douter qu’elle soit la bonne. Quoi faire ? On ne savait pas si c’étaient nous qui ne reconnaissions le chemin à cause des ténèbres ou si l’on avait vraiment pris la mauvaise voie.

On hésite.

On décide de continuer un tout petit peu et chercher de trouver des indices de que l’on était sur la bonne direction (la vérité c’est que l’on souhaitait savoir que l’on n’avait pas tort).

L’univers n’a pourtant pas conspiré pour nous. On marche encore 30 minutes et on n’arrive pas à aucune conclusion. Bonne ou mauvaise voie ? Pas d’idée.

On reprend le chemin vers l’opposée pour retrouver l’ancienne maison, notre point de référence, et de là fouiller les alentours jusqu’à trouver la bonne voie. Mais on se perd à nouveau et on n’arrive même pas à retourner à la maison.

On panique.

On commence aussi à marcher en circules. Il arrive un bon moment où on ne sait plus où on est, où est le nord, le sud ou quoi que ce soit.  Pour empirer, une grosse bruine tombe sur nous, chose attendue à cette époque à la forêt atlantique, mais inespérée pour nous. On ne croyait pas à nos yeux.

On fait une petite pause pour manger. Qui sait les biscuits que l’on avait apportés avec nous ne nous calmeraient pas et nous feraient raisonner avec plus de clarté ?

Tout au contraire. C’est quand on arrête et voit en quelle situation on est que le désespoir nous abat. L’idée de continuer à chercher la bonne voie est abandonnée. La priorité était alors réussir à retrouver la maison et rentrer chez nous s’il nous restait encore d’énergie.

Après trois heures perdus, déjà au bout de nos forces, on retrouve l’ancienne maison. Notre joie est inexplicable. Une autre pause est nécessaire. On finit tous les biscuits que l’on avait encore. La bruine n’a qu’augmenter. On ne pouvait voir que deux mètres devant.

Une demi-heure de repos, on décide de continuer. Il faudrait dormir chez nous pour compenser le tracas que l’on a eu. Quoique désister n’est pas une chose que j’aime faire, parfois il faut savoir reconnaître l’échec. Il y a des trucs que l’on ne peut pas faire sans une boussole !


P.S.: si vous cliquez sur le lien de la carte et, chez Google Maps, appuyez sur Photos, vous aurez beaucoup d’images concernant le Chemin d’Itupava.

16
Août
08

Train et d’autres amours VII

1ère partie, 2e partie, 3e partie, 4e partie, 5e partie et 6e partie

Au troisième ou quatrième escalon, après avoir fermé la porte, j’ai pensé : « Putain ! Je peux pas partir comme ça ! Ce fut probablement la dernière fois que j’ai vu la femme de ma vie. »

Je suis retourné et, à l’iminence de frapper sur sa porte, elle l’a ouvert. Nous nous sommes embrassés.

Néanmoins, il fallait encore que je parte.

Lis, je voudrais juste te dire que je t’aime fort bien, que j’irais n’importe où avec toi…

Une larme s’est écoulée par son visage.

Je… Je suis tellement désolée… Je peux pas. Je te le jure. Moi je t’aime bien aussi, mais je peux pas maintenant…

Quoique ça m’eût fait du mal, je le savais. Ce n’était pas notre heure (si jamais on aura un moment pour nous).

Elle m’a embrassé, m’a pris de nouveau dans ses bras et m’a demandé de partir.

Repars, je t’en pris. J’en pourrai plus.

Je suis allé, moi aussi avec des larmes aux yeux. J’étais en train de dire adieu à la femme.

Quand je suis arrivé à la cour intérieure du bâtiment, elle est sorti à la fenêtre et a crié :

Hey, guapo.

J’ai regardé vers le haut.

Sepa que te quiero mucho. Perdóname, ¿sí?

Il n’y avait pas grand-chose à dire : también te quiero. Que te vaya bien…

Je crois qu’il ne faut pas décrire mon état d’âme les jours suivants. J’étais complètement accablé. Mais la vie, ça continue. Elle n’arrête point.

Je suis allé à Clermont, où je devais me présenter quelques jours après.

Deux mois plus tard, après m’être installé, le portable a sonné. C’était le soir.

Bonsoir.

Bonsoir ?

C’est moi !

Toi ?

Oui, moi.

Lol, la vache !

Je voulais écouter ta voix. Juste ça.

Je suis content que t’as appelé. Comment ça va à Londres ?

Lis m’a tout raconté. L’enregistrement de son nouveau CD, les musiciens qui y collaborait, les gens dont elle avait faites connaissance. Pour finir, elle a laissé échapper :

Tu me manques!

Moi aussi.

Faut que j’aille, d’acc. Pense pas que je t’aime pas…

Dans ce moment-là, j’ai tout compris. Pas seulement mon histoire avec elle, mais l’amour en général. Amour appartient à celui qui aime, pas à celui qui est aimé.

J’ai décroché le téléphone triste et heureux à la fois. Triste pour avoir l’impression que je ne lui parlerais plus jamais ; heureux pour avoir compris un peu plus sur l’amour.

Depuis lors, on s’est parlé avec peu d’assiduité, mais on s’est parlé quand même. Parfois distants, d’autres fois plus proches, toujours par mél. Le dernier, il n’y a plus de deux mois, elle m’a dit :

Es increíble como nunca te olvidas de mí.

Ma réponse, que je ne lui ai pas encore envoyée, ce sera ce texte-là. Parfois la vérité est trop longue pour être dite en peu de mots…

et c’est finalement fini!

14
Août
08

Laos – village de Ban Tha Jok – jour 850 du tour du monde

Zone de guerre oubliée des livres d’histoires, le Laos est tombé aux mains des rebelles communistes durant ce même étrange printemps où les GI’s abandonnaient Saigon, où Phnom Penh était vidée de sa population par les Khmers Rouges. Sur la route qui mène à Ban Tha Jok, le regard est attiré par les cratères qui n’ont jamais été comblés depuis les bombardements américains du début des années 70. Durant la saison des pluies, les paysans les utilisent pour élever des poissons.
C’est jour de fête en Occident, la veille de Noël, mais ici à Ban Tha Jok, c’est le Nouvel An de l’ethnie Hmong. Les filles se sont parées de leurs plus beaux costumes, coiffes comprises, et elles jouent à lancer et relancer des balles aux garçons : c’est ainsi, lors du jeu et des bavardages qui les accompagnent, que se forment les futurs couples. La guerre finie depuis trente ans n’a ici jamais quitté les esprits. Les mines et autres bombes non explosées continuent à prélever des vies, des jambes ou des bras, quand le caprice leur en prend. Quant à celles qui ont définitivement renoncé à cracher le feu, leurs lourdes carcasses de métal rouillé trouvent leur utilité : mettez-en une, la voilà qui soutient un étal de fruits au marché, mettez-en quatre, voilà autant de pilotis pour soutenir un poulailler, et mettez-en autant que vous voulez, voilà une belle clôture. Et que la vie continue, tant qu’elle peut.

12
Août
08

brume au sommet

Carte

Sinaï, son château, son monastère orthodoxe, ses sommets.
Un matin nous décidons de grimper le mont Omul à 2500m, le téléférique nous laisse à 2000m dans une purée de poix dense, très dense. Toute l’ascension se fait dans le silence feutré du brouillard que ne rompt que le cris d’oiseaux dont les ombres transpercent parfois les nuages.
Au sommet nous mettons plusieurs minutes à repérer le refuge, nous ne voyons pas à plus de 3 ou 4 mètres. La descente commence dans cette même absence, dans ce même silence. Puis, quand nous passons sous les 2000 m un spectacle sublime de prairies, de sommets, de nuages se dévoilent.
Quelques minutes plus tard le soleil nous rattrape, nous en profitons pour pique-niquer et nous offrir une magnifique sieste.
Sinaia_02

07
Août
08

celle qui ignore le désert

carte

Palmyre, un nom qui fait chanter l’imagination.
Palmyre, La reine Zénobie y domine toujours sa capitale.
Palmyre, Dans quelques heures sonnera l’année 2004.

Un froid sec me prend alors que je marche dans les dunes. Là haut, le regard enveloppe une infinité désertique qui semble sertir l’oasis, ses innombrables palmiers et les deux villes, celle en ruine emplie de souvenirs et l’autre en vie, pleine de bruits.
Je marche entre dunes et collines, seul le vent m’accompagne dans ce silence. Là-haut, pas une plante, enfin si une étrange petite plante qui dessine de sa tige trop molle, de sa fleur trop lourde, des cercles parfait.
un chien abois, le muezzin chante. Je me retourne, le vent commence déjà à effacer mes pas, il est l’heure de retrouver la civilisation.
Palmyre - Syrie

05
Août
08

Train et d’autres amours VI

1ère partie, 2e partie, 3e partie, 4e partie et 5e partie

Quand je l’ai vu s’éloigner, je me suis senti complètement détruit. Cependant, toujours avec le but de comprendre ce qui s’était passé, j’ai pensé qu’il y avait encore de l’amour dans tout ça. Ce fut donc que j’ai pensé à Grande Sertão : Veredas (roman de l’auteur brésilien João Guimarães Rosa). La vie est une marche, ce sont des chemins (A vida é um estradar, são veredas). À ce moment-là, en y pensant, j’ai su que j’avais besoin de lui donner ce bouquin, à n’importe quel prix.

Je suis sorti comme un fou à la recherche du livre. J’ai cherché dans toutes les grandes librairies de Paris, mais je ne l’y ai pas trouvé. La traduction existait, mais elle était épuisée, disait-il un de fonctionnaires. Je cheminais sans espoir par le Quartier Latin quand je suis passé devant une librairie lusophone. Je suis entré, j’ai posé la question sans trop d’enthousiasme et j’ai reçu une réponse qui m’a déconcerté.

Oui, j’en ai un. Le dernier.

Combien ?

Huit euros.

Parfait. Cette fois-là je n’ai pas hésité. J’ai acheté le bouquin et je suis rentré chez moi vite fait. J’avais déjà tout une lettre écrite pour elle en tête.

De 15 pages ! Et en français !

Le lendemain, je lui ai passé un coup de fil.

Bonjour, ça va ?

Bonjour. Ça va, et toi ?

Ben… je voudrais te voir.

Moi aussi.

Je t’ai acheté un cadeau.

Ah bon ?

Ouais. Je suis passé toute la journée hier à la recherche, jusqu’à le trouver.

Lol, et pourquoi tu ne viens pas chez moi me le rendre ?

A quelle heure ?

Écoute, je suis très occupée aujourd’hui. Je prépare tout pour partir à Londres, mais vers 17h ça me ferait plaisir de te recevoir. On pourrait prendre un café ou tasse de thé ou n’importe quoi.

D’acc. À 17h pile j’y serai. Gros bisous.

Pour toi aussi.

À 17h j’y étais déjà. Cela ne pourrait pas être différemment. Depuis le moment de l’appel jusqu’à l’heure de frapper sur sa porte, je ne faisais que penser à elle, à son parfum, à sa bouche, à sa peau. J’étais sûr qu’elle était la femme de ma vie.

Avant que la porte soit ouverte, je suais froid déjà, avec les paumes umides, très nerveux en attendant sa réaction.

Je suis entré. La porte d’entrée conduisait directement à la cuisine. La maison était complètement à l’envers, notamment à cause de déménagements.

Tu veux t’assoir ?

Hum… franchement je ne sais pas.

Pourquoi t’es nerveux ?

J’pas.

J’ai menti, c’est clair. Je savais parfaitement pourquoi j’avais les nerfs à la gorge.

Tu veux du thé ?

Oui, merci.

Je ne pouvais plus attendre. J’avais besoin de lui rendre le cadeau que je lui avais acheté.

Alors, je voulais te rendre le cadeau. Je sais qu’il se peut que tu ne le lises jamais, ou qu’il se perde au milieu des allées, retours et déménagaments de ta vie, mais je voudrais te le donner quand même. C’est un auteur dont j’aime trop. Pour moi, l’un des meilleurs livres jamais écrits. Et je pense qu’il s’agit un peu de notre histoire…

Merci beaucoup. Dès que je peux, je vais le lire. Je te le promets.

Et…

Elle a ouvert le livre et a trouvé la lettre qui y était dedans.

Tu m’as écrit une lettre ?

Oui…

Et elle dit quoi ?

Faut que tu la lises pour savoir.

Elle s’est mise à la lire.

Non. Pas maintenant. Lis-la quand tu seras sur le train ou n’importe où, quand tu auras le temps. En plus, je voudrais pas que tu la lises devant moi.

Pourquoi ? Elle dit quoi ?

Si jamais tu la lis, tu vas découvrir.

Je la lirai aujourd’hui le soir.

Bon, je crois que je pars déjà. J’ai vu que t’as plein de choses à faire et je veux pas te déranger.

Ay, si j’avais pas besoin de partir demain matin, ça m’aurait fait plaisir que tu restes.

Je comprends. C’est pas grave.

Vraiment désolée.

Excuse-moi. (j’ai dit ça en pensant que je ne suis pas allé avec elle à Amstelveen la première fois).

Moi, je m’en vais donc.

Nous nous sommes pris l’un dans les bras de l’autre et avons commencé de nous séparer. Les deux ne le voulions pas. Mais il était su que dans un moment ou autre il aurait fallu que je m’en aille. Elle allait partir définitivement.

J’ai pris du courage et suis parti.


suite…




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