Archive for the 'Pays' Category



10
Nov
08

Un homme pressé

Je le disais un jour ici même: « Il y a mille manières de partir, mille manières de voyager, il n’existe pas une fois ou cela se ressemble, pas une fois où on partira sans rien trouver »
Ce jours là je me voulais philosophe de bistro, pourtant ce voyage à l’époque avait vraiment changé la donne et m’avait poussé vers l’université… tellement fort que 7 ans après j’y suis encore. Et étrangement cette phrase m’est revenue à la mémoire lors de mon dernier « voyage ».
C’est mardi, après avoir donné mon cours je n’ai pas le temps de parler avec personne, je file, oui ma carrière est en jeu, direction l’aéroport. Le taxi fait crisser les pneus sur le bitume bogotien, son klaxon s’use pour gagner quelques minutes. J’arrive tout droit sur le guichet d’Air France, sans faire la queue bien sûr, je n’ai pas le temps… 3 ou 4 miss se charge de moi, tamponne, appelle et rectifie, et me guide jusqu’au VIP. Juste le temps de boire un verre et on m’envoie dans l’avion.
Champagne, foie gras, camembert, vin rouge… petit film et ronflette. Je ne sens pas passer le vol, j’ai dormi comme un bébé, à peine le temps de lire un document de travail. On commence notre descente sur Paris. Je récupère ma veste et mes costards, je saute dans le premier bus, change de terminal, passe toute la queue de la douane avec une hôtesse, et je remonte dans l’avion. Oui oui j’ai mis un pied en sol français, et je suis bien content d’avoir mangé mon fromage et bu un pastis. Mais je n’ai pas le temps, je file, ma carrière est en jeu.
L’avion suivant est plus petit moins long et très vite j’arrive à l’aéroport nord de Moscou. Passeport, douane, bienvenue, un chauffeur m’attend, on file… et on arrive à l’hôtel, ma chambre est au 14e et une collection de document m’attend, je rencontre le coordinateur qui m’explique comment doit se dérouler l’événement, les transports, les restaurants… tout est bien calculé. Je dors 4 heures et c’est parti. Le bus nous emmène à la salle de conférence.
On se présente, discute, le protocole n’est pas encore vraiment là, pour l’instant on est juste une série de fonctionnaires et d’experts, alors on s’échange nos cartes, nos idées…
Qui veut entrer dans la toile de mon réseau?
La journée finie, on visite un musée au pas de course (le sexe de Raspoutine dans le formol est très beau, oui bien sûr), on mange vite, il faut rentrer à l’hôtel préparer la journée de demain. 3 heures de sommeil, et on recommence. Je ne sais pas vraiment quel jour il est mais qu’importe, il faut être là, le protocole est de rigueur, les jeux politicodiplomatiques commencent… pas pour moi, je suis juste là pour présenter, dénoncer, proposer… et Je peux toujours m’ramener ma science.
Militant quotidien
La journée passe, le soir le musée est annulé, pas le temps, il faut discuter… le restaurant doit être russe, on mange du caviar …. On dort peu, et le lendemain on recommence. La seule différence est que cette fois on fini à 4 heures de l’après midi, et que tout le monde pars en courant. Cette fois j’aurais le temps d’aller voir le Kremlin, la place rouge, d’aller boire une vodka avec mes « compagnons de route » dans le centre archi branché de Moscou ….
Finalement J’connais le tout Moscou et puis le reste aussi.
Je peux repartir, après une nuit d’une heure, mon chauffeur vient me chercher à l’hôtel et m’emmène tout droit à l’aéroport où je reviens à mon point de décollage 5 jours plus tôt. Je m’autorise une demie journée de repos, pour regarder la pluie tomber et inonder les rues de Bogotá, je sais que là au bout du ruisseau il se passe exactement ce que j’ai été raconté à Moscou, et peut être que dans dix ans on aura réussit à réguler un problème qui n’existera plus de cette forme, peut être … qui sait… mais ce n’est pas grave… Moi je vais vite, très vite, ma carrière est en jeu.
La mardi suivant à l’université on me demande comment s’est passé mon week-end… où je suis sorti samedi. Bof … j’ai traversé le monde, mais j’aurais surement trouvé plus excitant d’ouvrir une porte.

30
Oct
08

Chartres

La France est un petit grand pays, messieurs, je vous l’avoue. De la taille d’un département moyen brésilien, vous y avez pas mal de choses à visiter. Au-delà des destinations les plus souhaitées, comme Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux et Strasbourg, il y en a beaucoup plus d’autres. Moi, ce que j’aime en France c’est qu’à n’importe quel petit village où vous allez vous aurez des choses intéressantes à voir. Ville moyenne, Chartres en a plein.

Lorsque je suis arrivé en France, une des premières personnes à qui j’ai parlé a été O., une ex-copine chili-française de Brésil. O. était née au Chili, mais vers 6, 7 ans en est partie avec ses parents à cause de la dictature chilienne, de telle façon qu’elle a vécu presque sa vie entière en France. La jeunesse, elle l’a passé à Chartres, où son père habite toujours. De là, elle est partie pour étudier sur Paris. J’ai fait sa connaissance à Curitiba, lors de son « Erasmus » en Amérique Latine.

Je suis donc arrivé et le lendemain on s’est rencontré au petit jardin derrière l’église Notre Dame. On a passé toute la journée à bavarder et raconter les nouvelles l’un à l’autre. Ce jour-là, elle m’a promis qu’elle allait m’emmener à Chartres. Opportunité de visiter une ville avec un guide du coin? Pas de chance de rater ça.

La semaine suivante, nous voilà à nous rencontrer à la gare et partir vers sa ville natale. Qu’est-ce que j’en peux dire? Si jamais vous allez en France, allez-y. Si vous aimez bien l’architecture des églises, il faut visiter la cathédrale de Chartres.

espèce d'autel
espèce d’autel
le toit
le toit
Chartres vue de l'église
Chartres vue de l’église

Sinon, si jamais vous marchez à pied par Chartres, vous trouverez des jolis petit coins…

'tite rue à Chartres

'tite rue à Chartres II

Visiter Chartres m’a montré une chose que je soupçonnais déjà. N’importe quel lieu peut être intéressant si vous êtes accompagné avec quelqu’un du pays. Les rues deviennent des histoires, les places des romans, les bars des souvenirs…

Ma visite à Chartres a été plus qu’une destination touristique: a été un voyage dans le temps vers les mémoires de O., vers sa jeunesse, les amours du passé, les amis perdus…

25
Oct
08

Clermont-Ferrand

Quoique mon séjour en France ait été plein de mauvaises choses, je vous avoue que j’aime bien la France. Vachement. C’est un très joli pays, et vous pouvez y trouver plein de gens sympatiques. J’ai beaucoup d’envie d’y retourner pour habiter quelques années…

Le motif qui m’y emmena fut avoir réussi une bourse de travail comme professeur assistant langue étrangère. Clermont-Ferrand m’a été octroyé comme destination. Et me voilà à y être allé.

Après être passé trois mois à Paris et en voyageant en Europe, je suis parti à Clermont. Mon premier foyer là-bas fut à Montferrand, juste à coté de Michelin, dans un lycée.

Ma chambre dans le lycée

ma chambre dans le lycée

Oui, il y a tellement de poussière dans l’air que ça se faisait sentir lorsque vous respiriez, mais il y avait quand même un coup de charme.

La vue de ma chambre au lycée

la vue de ma chambre au lycée

Pas content avec le fait d’être loin du centreville et de ne pas avoir de transport pour chez moi après 20h30 (à Clermont, le transport s’arrêtait vers 20h-20h30), j’ai commencé à chercher où habiter plus près du centre. J’ai cherché quelques jours jusqu’à Annie, une autre assistante, m’a invité d’habiter avec elle et un autre italien. Nous voilà les trois à déménager au centreville.

chez nous à Clermont

chez nous à Clermont

La convivence n’était pas si difficile. Quoique nous fûmes trois, tout allait bien.

mon lit

mon lit

Moi, je dormais sur un lit gonflable acheté par 15 euros, qui au bout de quelques semaines m’avait déjà tout cassé le dos. Mais pas grave. On s’amusait quand même.

mes room/housemates...

mes room/housemates...

Parfois, et c’est souvent ça, Clermont me manque…

06
Oct
08

Récit de trek au Ladakh – 2

Au quatrième jour de trek, le soleil tape fort et tant à cause de cela que de l’altitude, C. attrape des saignements de nez. Le terrain est en pente douce, l’arrivée de l’étape se trouve dans ce que nous nommerions chez nous un haut alpage : troupeau de yaks gardé par un vacher qui dort dans un enclos de pierres rudimentaire. Un panneau solaire brille sur le toit mais le haut des murs est recouvert d’une couche de bouses séchées, combustible pour l’hiver (plusieurs années avant, dans la « plaine » de Nimaling, nous avions été repoussés par l’odeur de toute cette merde de yak entassée autour d’un abri de drogpa). A cinq heures, notre guide, Sarfaraz, nous accompagne chez le gardien du troupeau, qui n’a pas seulement des yaks, mais aussi des moutons et des chèvres pashmina. Incroyable rencontre de deux mondes : nous avec nos polaires et nos chaussures de montagne (sans appareil photo quand même…), et notre hôte, tellement affable, tellement souriant, visiblement tellement heureux, qui passe l’été dans ce minuscule terrier où il a accumulé des outils qui lui viennent d’au moins, dit-il, dix générations. Au centre : une masse beige qui ressemble à un animal blessé, mais c’est en réalité la peau de mouton qui lui sert à barater le lait et qu’il agite vigoureusement à intervalles réguliers. Le beurre est ensuite séparé du reste qui devient la base pour faire le fromage, d’abord chauffé au feu de bois de manière à produire une sorte de sérac, ensuite séché dans des sacs qui pendent aux murs.

Dans un coin, figure le classique instrument pour faire le thé au beurre, et le long d’un mur, dans un recoin sombre, en miniature, tout l’essentiel de la puja : un livre de prières à côté de trois coupes prêtes à recevoir l’eau et l’huile. Ici, la puja, rituel bouddhiste, plus que dévotion religieuse est manière de rythmer la journée. Près de cet autel, la jarre qui contient le beurre. L’homme rieur nous donne de son fromage séché sous forme de petites boules irrégulières et dures qu’il faut mâcher plutôt que croquer, ou bien que l’on peut faire fondre dans la soupe (thukpa).

C’est à l’extérieur, dans la petite cour attenante, dans un abri formé par trois murs et ouvert aux vents, tapissé de couvertures de laine de yak et de peaux de moutons, qu’il dort. L’enclos pour les bêtes (un pour les yaks et les dzos – obtenues par croisement entre yak et vache – et un pour les moutons) est plus vaste, son sol est formé des entassements d’excréments des bovins depuis les dix générations dont le petit homme rieur nous a déjà parlé. Nous assistons à la traite des dzos, une douzaine de bêtes, donnant chacune trois litres de lait par jour. L’été rapporte à notre hôte quatre-vingt dix kilos de beurre de yak qu’il peut revendre un bon prix au marché de Leh. Il préfère nettement cette existence à la solution qui consisterait à travailler à Leh, il souhaiterait passer le relai à ses enfants, lesquels hélas, comme partout, rechignent à ce mode de vie.

Quelle est la signification d’avoir vu cela ? Si demain nous devions mourir (par exemple dans un accident d’avion), quelle aura été la signification du fait que cette vision d’un autre temps, d’un autre monde soit entrée dans nos têtes ? Je disais : sans appareil photo, pour des raisons de politesse, mais quelle signification cela aurait-il eu de « prendre des photos » ? Pour faire quoi ? pour montrer quoi ? des ustensiles usés ? des murs sales ? A quoi bon ? Pour quelle fin ? Le caractère vain de l’effort à se saisir du temps au travers d’un objectif photographique apparaît ici dans toute son ampleur. La photo, c’est la finitude. A quoi sert-elle quand on est confronté au gouffre abyssal du temps, quand on parle de dix générations accumulées sans que peu de changements aient eu lieu dans les pratiques liées à la vie de tous les jours (si ce n’est un panneau de solaire branlant qui ne sert qu’à éclairer une lampe).

23
Sep
08

Récit de trek au Ladakh -1

Depuis que les voyages s’organisent à l’autre bout du monde, vers des endroits souvent inaccessibles par des moyens de transport motorisés, on a baptisé « treks » les marches de plusieurs jours, en général avec guide et portage (par porteurs humains – au Népal – , chevaux – en Inde – , ânes ou yaks – au Tibet -) qui mènent d’un point à un autre en franchissant le plus fréquemment des zones de montagnes arides ou de plates étendues de désert.

Le Ladakh est un pays rêvé pour le trekking.

On y va pour l’altitude,

pour les sentiers abrupts qui serpentent parmi les roches, pour les descentes dans les herbages, les huttes de pierres des nomades, les gompas accrochés aux promontoires d’un ciel éternellement changeant, la population rieuse et accueillante qui dit toujours « Djulé » en guise de salut, les gorges, les rivières, les arrivées dans les villages, cernés de champs dont le vert vif contraste avec la pierre jaune ou rouge des montagnes sèches. Les pays ont leur couleur. Quand on atterrit à Lyon, on voit bien que la France est bleue. L’Inde, elle, est rouge. Que ce soit dans la plaine et les villes (oriflammes hindouistes, saris éclatants) ou que ce soit dans les montagnes et les campagnes (rouge de la terre sèche).

Je ne connais pas directement les techniques de méditation, mais ce que je sais, c’est que ce genre de marche s’apparente à une longue méditation sur deux pattes…

Le premier jour est en général le plus dur : il consiste à se mettre en jambes et en souffle.

On part en général de relativement bas (en l’occurrence, depuis Phyang, près de Leh, à 3500 mètres) d’un fond de vallée où les blés ne viendront à maturité qu’en septembre. Et on remonte interminablement la rivière jusqu’à ce qu’elle soit torrent et qu’on la franchisse en équilibre sur un pont de lattes branlantes. Nous sommes escortés par les cinq petits chevaux loués, conduits par leurs poneymen, et par un guide. Qui préfère les tongues en plastique aux solides chaussures de montagne. Petit, rablais, la casquette enfoncée sur les oreilles, il évoque ses expéditions passées avec passion, comme la dernière qu’il a faite, celle du Parang la, qui va jusqu’au Spiti, la plus belle de toutes mais où on doit voiler les yeux des chevaux pour leur éviter d’être éblouis par l’éclat des glaciers, ou bien celle du Junlam, où il a dû rebrousser chemin parce que le débit des rivières était trop fort.

Le contact avec l’altitude, l’ascension lente et continue nous épuisent. Le camp de cette première étape n’est pas fastueux, mais il possède l’essentiel : l’eau et l’herbe verte pour les chevaux. Notre installation dérange une famille de marmottes qui finira bien par profiter des quelques miettes que nous allons laisser (savez-vous que les marmottes des Alpes ont trop de cholestérol car elles se nourrissent entre autres des bouts de gras de jambon que laissent les marcheurs ?). Un aigle passe. Les chevaux broutent leur herbe. Le soir venu, quand une petite pluie brouillera la netteté des sommets, nous nous réchaufferons d’un repas de légumes et de riz sous la tente du guide et du cuisinier.

Le sommeil vient ensuite, entrecoupé de réveils. Il arrive qu’on ait du mal à se rendormir : l’altitude cause une altération du souffle qui donne l’impression d’étouffer juste au moment où l’on va sombrer dans le sommeil, on se réveille alors en suffoquant comme si l’on sortait d’une apnée et qu’il faille avaler une énorme goulée d’air avant de replonger.

Souvent un doliprane aide à s’endormir. Eviter autant que possible les somnifères qui laissent groggy trois heures plus tard, ne sachant plus où on est et ne pouvant plus retrouver le sommeil jusqu’aux lueurs du petit matin.

C’est à partir du deuxième jour que les choses vont mieux aller, vos jambes se sont faites à la rudesse du chemin, et votre souffle a trouvé son accord avec les pulsations ralenties de votre cœur. Vous commencez à ressentir comme un plaisir l’entrechoc rythmé qui a lieu entre la semelle de vos chaussures (de bonnes chaussures évidemment, je conseille des Meindl) et le sol dur qui sonne mat. Le contact avec la pierre devient même plus amical qu’il n’était au premier jour quand chaque caillou vous semblait hostile. Il suffit de prendre le bloc solide sous son bon angle et d’y poser le pied à plat, avec fermeté, mais sans brusquerie. La traversée des minces cours d’eau se fait de la même façon : si vos semelles sont dures, elles se poseront avec sûreté même sur l’arête d’une pierre, et si elles sont assez souples, elles vous permettront de quitter cette arête comme si vous la survoliez, avant de pouvoir sauter sur un galet plus plat et ainsi de suite évitant de trébucher, ce qui aurait pour fâcheux effet de vous faire mettre un pied dans l’eau et peut-être – qui sait ? – de mouiller votre chaussette, ce qui, vous l’avouerez, est bien le pire désagrément du trekkeur. Quant à votre sac sur le dos, il se fera moins lourd, d’abord objectivement parce que vous consommez peu à peu son contenu (et en particulier l’eau qu’il contient), mais aussi parce qu’il se fera de mieux en mieux à la géographie de votre dos. Le soin que vous aurez eu à le sangler convenablement (une sangle au niveau de la poitrine, une autre à celui de la taille) vous évitera le ballottement douloureux pour vos omoplates.

C’est désormais comme si le chemin lui-même venait à votre rencontre. Votre tête se vide. Les dernières pensées qui l’habitent encore ne viennent que pour un moment affleurer votre esprit, chassées immédiatement par d’autres, puis laissant la place à plus rien si ce n’est au rude souci d’avancer et d’atteindre un point lointain où déjà s’ébattent les chevaux…

En route nous avons rencontré une file de touristes indiens redescendant du col et ayant donc choisi de faire cet itinéraire dans la direction opposée à la notre. Notre guide nous dit que c’est la première fois qu’il rencontre autant d’Indiens des villes à l’assaut de ces montagnes : les choses seraient-elles en train de changer et les Indiens eux-mêmes à leur tour deviendraient-ils sensibles aux joies du trekking ? Ils venaient de Bombay… C’était curieux et troublant de voir de belles Indiennes ayant troqué leurs saris contre des habits de montagne, et qu’il est doux le frais gazouilli de la langue Hindi parlé par une voix féminine !

Ce deuxième jour aura donc été plus facile que le précédent, en dépit de l’altitude toujours plus haute. Cela se traduit par une relative fraîcheur au moment de monter la tente. Une sieste viendra pourtant nous cueillir… tandis que le vent qui s’est levé fait claquer les parois de toile comme les voiles d’un bateau. Le temps ici change chaque demi-heure, une mini-tempête succède à la chaleur d’un soleil lourd. Les nuages défilent et certains se perdent en route en s’accrochant aux sommets environnants comme des loques déchirées. La neige qui est là-haut varie de la lumière étincelante au gris un peu triste qui vient du reflet de la pierre.

Au loin, des rideaux de pluie pendent des matelas de nuages amoncelés au-dessus de l’Indus.

18
Sep
08

Destination: Salvador

Pendant ce sejour à Pirajá, la bande (la française Chloë, le brésilien Leo, l’anglais Alex et moi) a fait des tours touristiques par Salvador, Ilha de Itaparica e Morro de São Paulo (ces deux dernières destinations seront les sujets des deux prochains billets).

À Salvador, on a parcouru toute la ville, car on avait le natif mâlin Leo, qui tout connaissait. Les voici quelques photos de Salvador de Bahia.

 

Mercado Modelo (Marché Modèle)

Mercado Modelo (Marché Modèle)

 

L'intérieur du Mercado Modelo

L'intérieur du Mercado Modelo

 

Elevador Lacerda (Ascenseur Lacerda)

Elevador Lacerda (Ascenseur Lacerda)

 

Devant l'Elevador Lacerda

Devant l'Elevador Lacerda

 

Clairvoyante

Clairvoyante

 

Pelourinho

Pelourinho

 

Cidade Baixa (Ville d'en bas)

Cidade Baixa (Ville d'en bas)

16
Sep
08

Destination: Pirajá?

Vers fin août 2005, mon ami Leo (celui qui est parti à Amsterdam avec moi) m’a appelé de Barcelona (il y habite) et m’a invité de partir à Pirajá, banlieue de Salvador de Bahia, avec lui, son épouse et un ami Anglais à eux, pour tourner un documentaire sur sa propre vie (mec de famille pauvre, part en Europe sans presque rien avec le but de trouver un moyen d’entretenir économiquement sa famille à Pirajá). Hébergement et vols allée-retour tout payé. Je lui ai demandé deux jours pour lui donner ma réponse. Il me fallait savoir si c’était possible concilier un voyage de deux mois avec la fin du semestre à la fac et une absence si prolongée au boulot.

J’ai parlé à tous mes profs, qui m’ont dit que je pourrais partir sans souci. C’est certain que je leur ai pas dit que j’allais partir à Bahia pour faire un documentaire, mais à cause d’une offre de travail irrécusable. Quel mensonge ! Hahahaha ! Mais qu’est-ce qu’on ne fait pas pour l’art ?

À toute vitesse, car le départ était dans un mois et demi, j’ai fait en avance tous mes travaux de fac et j’ai dépanné une correctrice substitute pour me remplacer au boulot. Au même temps, car cela était un de mes devoirs dans le documentaire, j’ai budgété tout le film, y compris les vols de nous quatre, nos hébergements, équipements cinématographiques et d’autres petites choses qu’il faut préparer pour un événement comme celui-là.

Vers 15 octobre, me voilà prenant un vol pour Rio pour y retrouver Alex (l’Anglais) et repartir les deux ensembles vers Salvador. Notre destination : Pirajá ?

N’en avez vous pourtant jamais entendu parlé ? Pirajá c’est un quartier-bidonville incrusté dans Salvador, capitale de Bahia. Mais quand tu dis bidonville, veux-tu dire quoi exactement ? Je veux dire justement « bidonville » au vrai sens brésilien du mot, quoi.

Je vous laisse donc avec quelques photos de ce deux mois-là de voyage-tournage.

 

Pirajá - vue de chez Leo

Pirajá - vue de chez Leo

 

gamin à Pirajá

gamin à Pirajá

 

Cité des gamins

Cité des gamins

 

Avec les gamins

Avec les gamins

 

Jardin

Jardin

 

26
Août
08

Laos – village de Vieng Phukha – jour 811 du tour du monde

Le soleil est bas lorsque Wongsai me ramène au village, après une longue journée de marche qui nous aura emmenés jusqu’aux ruines d’un temple perdu dans la jungle. Il paraît que beaucoup de gens hésitent à s’en approcher, car de nombreux esprits y rôderaient encore, s’amusant à désorienter les visiteurs imprudents pour les faire tourner sans fin autour du temple. A l’entrée du village, c’est l’heure du bain dans la rivière, non seulement pour le plaisir, mais aussi pour laver tout ce qui a besoin de l’être : les gens, les habits, les scooters, et même un gros camion. J’enlève mes chaussures, et Wongsai me sourit en constatant que j’ai bien retenu ses leçons sur comment se débarrasser des sangsues : les décoller en passant une lame de couteau à plat entre la peau et la bouche avide, puis poser un bout de papier sur la plaie pour stopper la coulée de sang.
Je m’imagine déjà prendre une bonne douche lorsque je passe devant la cabane de bambou, ouverte à tous les vents, qui sert d’école communale. Quelqu’un m’interpelle : c’est Thongchanh, le prof d’anglais, trop content de tomber sur un « falang » (un blanc) qui va se faire un plaisir de prendre sa place. Je me dévoue donc pour enseigner quelques rudiments de la langue de Shakespeare concernant les parties du corps, les couleurs, les sentiments (avec tout le cinéma et les mimiques qui vont avec). J’ai huit élèves sur les bancs, et trois fois autant agglutinés à l’extérieur, médusés par cet étrange instituteur sorti de nulle part. Lorsque la leçon dérive sur les animaux, ma tâche devient soudain plus facile : il me suffit de montrer du doigt ceux qui se promènent à côté de la cabane. Le crépuscule s’installe, Thongchanh allume une bougie qu’il place sur le bureau, et refuse de donner congé à sa classe tant que je n’ai pas chanté une chanson en anglais. Ce sera donc la première qui me vient à l’esprit, peut-être inspirée par la magie du moment : Knockin’ on Heaven’s door…

baignade du soir

baignade du soir

des élèves attentifs

des élèves attentifs

21
Août
08

Chemin d’Itupava

Ça commence avec un désir de faire une agréable randonnée au milieu de la forêt atlantique. Un trajet, appelé Caminho do Itupava, de 40km qui traverse la Serra do Mar (Sierra de la Mer) par de voies de tropeiros (des voyageurs typiques du Brésil colonial, qui ouvraient les routes internes du pays de leurs propres mains sur des ânes) et finit au début d’un des bras de la Baie de Paranaguá, à Porto de Cima, près de Morretes.

Le trajet, on l’avait déjà fait plusieurs fois avec d’autres amis. Soit la descente, soit la montée. Pas de problème non plus pour les 8 heures en moyenne de durée. On s’y faisait déjà.

Mais Bruno, plein d’idées révolutionnaires (voir Petite virée en stop), suggère de faire une randonnée nocturne. Comme ça on pourrait camper au milieu du parcours, dans une petite chapelle, bas un ciel complètement étoilé, faire du feu et causer avec des marshmallows.

par Adilson Gomes

Chapelle (par Adílson Gomes)

Bruno et moi, on arrive à Quatro Barras, point de départ, vers 17h (le coucher du soleil était vers 18h-18h30.) Sacs à dos en main, on prend le chemin. Ravis, on commence à marcher tous enthousiasmés. La perspective c’était de 40km de diversion, drôleries et bavardage.

Quand le soleil se couche, on prend nos lanternes pour illuminer les pas d’en avant. On marche 30 minutes, 1 heure. Sans aucun souci, on arrive à l’ancienne maison que Dom Pedro I a utilisé pendant son bref séjour au département.

par Alessandro Dias

Maison de l'Ipiranga (par Alessandro Dias)

Jusque là, le chemin c’est très évident. À partir de là, d’autre part, il faut prendre certaines voies pour arriver à la chapelle.

On prend une voie et on suit. Peu à peu on commence à douter qu’elle soit la bonne. Quoi faire ? On ne savait pas si c’étaient nous qui ne reconnaissions le chemin à cause des ténèbres ou si l’on avait vraiment pris la mauvaise voie.

On hésite.

On décide de continuer un tout petit peu et chercher de trouver des indices de que l’on était sur la bonne direction (la vérité c’est que l’on souhaitait savoir que l’on n’avait pas tort).

L’univers n’a pourtant pas conspiré pour nous. On marche encore 30 minutes et on n’arrive pas à aucune conclusion. Bonne ou mauvaise voie ? Pas d’idée.

On reprend le chemin vers l’opposée pour retrouver l’ancienne maison, notre point de référence, et de là fouiller les alentours jusqu’à trouver la bonne voie. Mais on se perd à nouveau et on n’arrive même pas à retourner à la maison.

On panique.

On commence aussi à marcher en circules. Il arrive un bon moment où on ne sait plus où on est, où est le nord, le sud ou quoi que ce soit.  Pour empirer, une grosse bruine tombe sur nous, chose attendue à cette époque à la forêt atlantique, mais inespérée pour nous. On ne croyait pas à nos yeux.

On fait une petite pause pour manger. Qui sait les biscuits que l’on avait apportés avec nous ne nous calmeraient pas et nous feraient raisonner avec plus de clarté ?

Tout au contraire. C’est quand on arrête et voit en quelle situation on est que le désespoir nous abat. L’idée de continuer à chercher la bonne voie est abandonnée. La priorité était alors réussir à retrouver la maison et rentrer chez nous s’il nous restait encore d’énergie.

Après trois heures perdus, déjà au bout de nos forces, on retrouve l’ancienne maison. Notre joie est inexplicable. Une autre pause est nécessaire. On finit tous les biscuits que l’on avait encore. La bruine n’a qu’augmenter. On ne pouvait voir que deux mètres devant.

Une demi-heure de repos, on décide de continuer. Il faudrait dormir chez nous pour compenser le tracas que l’on a eu. Quoique désister n’est pas une chose que j’aime faire, parfois il faut savoir reconnaître l’échec. Il y a des trucs que l’on ne peut pas faire sans une boussole !


P.S.: si vous cliquez sur le lien de la carte et, chez Google Maps, appuyez sur Photos, vous aurez beaucoup d’images concernant le Chemin d’Itupava.

16
Août
08

Train et d’autres amours VII

1ère partie, 2e partie, 3e partie, 4e partie, 5e partie et 6e partie

Au troisième ou quatrième escalon, après avoir fermé la porte, j’ai pensé : « Putain ! Je peux pas partir comme ça ! Ce fut probablement la dernière fois que j’ai vu la femme de ma vie. »

Je suis retourné et, à l’iminence de frapper sur sa porte, elle l’a ouvert. Nous nous sommes embrassés.

Néanmoins, il fallait encore que je parte.

Lis, je voudrais juste te dire que je t’aime fort bien, que j’irais n’importe où avec toi…

Une larme s’est écoulée par son visage.

Je… Je suis tellement désolée… Je peux pas. Je te le jure. Moi je t’aime bien aussi, mais je peux pas maintenant…

Quoique ça m’eût fait du mal, je le savais. Ce n’était pas notre heure (si jamais on aura un moment pour nous).

Elle m’a embrassé, m’a pris de nouveau dans ses bras et m’a demandé de partir.

Repars, je t’en pris. J’en pourrai plus.

Je suis allé, moi aussi avec des larmes aux yeux. J’étais en train de dire adieu à la femme.

Quand je suis arrivé à la cour intérieure du bâtiment, elle est sorti à la fenêtre et a crié :

Hey, guapo.

J’ai regardé vers le haut.

Sepa que te quiero mucho. Perdóname, ¿sí?

Il n’y avait pas grand-chose à dire : también te quiero. Que te vaya bien…

Je crois qu’il ne faut pas décrire mon état d’âme les jours suivants. J’étais complètement accablé. Mais la vie, ça continue. Elle n’arrête point.

Je suis allé à Clermont, où je devais me présenter quelques jours après.

Deux mois plus tard, après m’être installé, le portable a sonné. C’était le soir.

Bonsoir.

Bonsoir ?

C’est moi !

Toi ?

Oui, moi.

Lol, la vache !

Je voulais écouter ta voix. Juste ça.

Je suis content que t’as appelé. Comment ça va à Londres ?

Lis m’a tout raconté. L’enregistrement de son nouveau CD, les musiciens qui y collaborait, les gens dont elle avait faites connaissance. Pour finir, elle a laissé échapper :

Tu me manques!

Moi aussi.

Faut que j’aille, d’acc. Pense pas que je t’aime pas…

Dans ce moment-là, j’ai tout compris. Pas seulement mon histoire avec elle, mais l’amour en général. Amour appartient à celui qui aime, pas à celui qui est aimé.

J’ai décroché le téléphone triste et heureux à la fois. Triste pour avoir l’impression que je ne lui parlerais plus jamais ; heureux pour avoir compris un peu plus sur l’amour.

Depuis lors, on s’est parlé avec peu d’assiduité, mais on s’est parlé quand même. Parfois distants, d’autres fois plus proches, toujours par mél. Le dernier, il n’y a plus de deux mois, elle m’a dit :

Es increíble como nunca te olvidas de mí.

Ma réponse, que je ne lui ai pas encore envoyée, ce sera ce texte-là. Parfois la vérité est trop longue pour être dite en peu de mots…

et c’est finalement fini!




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