Archive for the 'Errance photographique' Category

26
Août
08

Laos – village de Vieng Phukha – jour 811 du tour du monde

Le soleil est bas lorsque Wongsai me ramène au village, après une longue journée de marche qui nous aura emmenés jusqu’aux ruines d’un temple perdu dans la jungle. Il paraît que beaucoup de gens hésitent à s’en approcher, car de nombreux esprits y rôderaient encore, s’amusant à désorienter les visiteurs imprudents pour les faire tourner sans fin autour du temple. A l’entrée du village, c’est l’heure du bain dans la rivière, non seulement pour le plaisir, mais aussi pour laver tout ce qui a besoin de l’être : les gens, les habits, les scooters, et même un gros camion. J’enlève mes chaussures, et Wongsai me sourit en constatant que j’ai bien retenu ses leçons sur comment se débarrasser des sangsues : les décoller en passant une lame de couteau à plat entre la peau et la bouche avide, puis poser un bout de papier sur la plaie pour stopper la coulée de sang.
Je m’imagine déjà prendre une bonne douche lorsque je passe devant la cabane de bambou, ouverte à tous les vents, qui sert d’école communale. Quelqu’un m’interpelle : c’est Thongchanh, le prof d’anglais, trop content de tomber sur un « falang » (un blanc) qui va se faire un plaisir de prendre sa place. Je me dévoue donc pour enseigner quelques rudiments de la langue de Shakespeare concernant les parties du corps, les couleurs, les sentiments (avec tout le cinéma et les mimiques qui vont avec). J’ai huit élèves sur les bancs, et trois fois autant agglutinés à l’extérieur, médusés par cet étrange instituteur sorti de nulle part. Lorsque la leçon dérive sur les animaux, ma tâche devient soudain plus facile : il me suffit de montrer du doigt ceux qui se promènent à côté de la cabane. Le crépuscule s’installe, Thongchanh allume une bougie qu’il place sur le bureau, et refuse de donner congé à sa classe tant que je n’ai pas chanté une chanson en anglais. Ce sera donc la première qui me vient à l’esprit, peut-être inspirée par la magie du moment : Knockin’ on Heaven’s door…

baignade du soir

baignade du soir

des élèves attentifs

des élèves attentifs

14
Août
08

Laos – village de Ban Tha Jok – jour 850 du tour du monde

Zone de guerre oubliée des livres d’histoires, le Laos est tombé aux mains des rebelles communistes durant ce même étrange printemps où les GI’s abandonnaient Saigon, où Phnom Penh était vidée de sa population par les Khmers Rouges. Sur la route qui mène à Ban Tha Jok, le regard est attiré par les cratères qui n’ont jamais été comblés depuis les bombardements américains du début des années 70. Durant la saison des pluies, les paysans les utilisent pour élever des poissons.
C’est jour de fête en Occident, la veille de Noël, mais ici à Ban Tha Jok, c’est le Nouvel An de l’ethnie Hmong. Les filles se sont parées de leurs plus beaux costumes, coiffes comprises, et elles jouent à lancer et relancer des balles aux garçons : c’est ainsi, lors du jeu et des bavardages qui les accompagnent, que se forment les futurs couples. La guerre finie depuis trente ans n’a ici jamais quitté les esprits. Les mines et autres bombes non explosées continuent à prélever des vies, des jambes ou des bras, quand le caprice leur en prend. Quant à celles qui ont définitivement renoncé à cracher le feu, leurs lourdes carcasses de métal rouillé trouvent leur utilité : mettez-en une, la voilà qui soutient un étal de fruits au marché, mettez-en quatre, voilà autant de pilotis pour soutenir un poulailler, et mettez-en autant que vous voulez, voilà une belle clôture. Et que la vie continue, tant qu’elle peut.

12
Août
08

brume au sommet

Carte

Sinaï, son château, son monastère orthodoxe, ses sommets.
Un matin nous décidons de grimper le mont Omul à 2500m, le téléférique nous laisse à 2000m dans une purée de poix dense, très dense. Toute l’ascension se fait dans le silence feutré du brouillard que ne rompt que le cris d’oiseaux dont les ombres transpercent parfois les nuages.
Au sommet nous mettons plusieurs minutes à repérer le refuge, nous ne voyons pas à plus de 3 ou 4 mètres. La descente commence dans cette même absence, dans ce même silence. Puis, quand nous passons sous les 2000 m un spectacle sublime de prairies, de sommets, de nuages se dévoilent.
Quelques minutes plus tard le soleil nous rattrape, nous en profitons pour pique-niquer et nous offrir une magnifique sieste.
Sinaia_02

07
Août
08

celle qui ignore le désert

carte

Palmyre, un nom qui fait chanter l’imagination.
Palmyre, La reine Zénobie y domine toujours sa capitale.
Palmyre, Dans quelques heures sonnera l’année 2004.

Un froid sec me prend alors que je marche dans les dunes. Là haut, le regard enveloppe une infinité désertique qui semble sertir l’oasis, ses innombrables palmiers et les deux villes, celle en ruine emplie de souvenirs et l’autre en vie, pleine de bruits.
Je marche entre dunes et collines, seul le vent m’accompagne dans ce silence. Là-haut, pas une plante, enfin si une étrange petite plante qui dessine de sa tige trop molle, de sa fleur trop lourde, des cercles parfait.
un chien abois, le muezzin chante. Je me retourne, le vent commence déjà à effacer mes pas, il est l’heure de retrouver la civilisation.
Palmyre - Syrie

02
Août
08

Sur la route de l’altiplano

carte
Départ de Cafayate de bonne heure. San Carlos nous accueille en premier, puis nous rencontrons la vallée. Tout au bout nous attend Cachi et au-delà par une route impossible à San Antonio de los Cobres. Nous voilà sur la mythique route 40 la Panamericana. Des paysages toujours sublimes se succèdent dans leur minéralité et perpétuelles différences.
Nous arrivons à Molinos, où nous déjeunons délicieusement dans un petits restaurants. A l’ombre le froid vous mord, Le soleil, lui, vous matraque dès que vous l’approchez. C’est dans cet étrange climat de l’altiplano que je laisse mes pas m’entrainer dans les rues. Sur une grande place je m’assoie. Quatre petites filles viennent observer le géant à peau blanche et son étrange chapeau (un bob bleu même pas Ricard).
Commence un échange de peu de mots, de quelques photos, de rire et de noms échangés. Une envie de rester là, planter dans ce village encore au bout du monde (la route goudronnée arrive), me saisit. Puis un coup de klaxon, je dois quitter ces demoiselles rieuses, ce village sans âge.
Molinos - Salta - Argentine

28
Juil
08

Le temps des trains

carte
Nous arrivons avec une heure d’avance, Le train partira avec 5 heures de retard.
Assis par terre, nous sommes écrasés de chaleur. L’attente n’est pas le problème, la chaleur oui. Nous buvons, nous mangeons, nous jouons aux cartes pour essayer d’oublier la puissance de la chaleur. Stratégiquement nous sommes pourtant dans l’air d’un ventilateur.
Nous jouons aux cartes, des gamins veulent apprendre. Nous leur enseignons nos jeux, ils nous enseignent les leurs, finalement nous jouons sans bien savoir quelle règle est d’actualité, qu’importe ce sont les rires qui remportent les parties.
Finalement le train arrive, nous cherchons notre wagon, nous cherchons notre couchette. Un ventilateur par couchette, le bonheur d’un luxe indispensable. Le train démarre, s’enferme dans la nuit.
Dans quelques heures je serai assis sur le pas de la porte ouverte. A chaque arrêt un flic m’éjectera pour la fermer. A chaque départ je l’ouvrerai et me rassirai pris par la beauté d’un désert où les hommes s’efforce de faire pousser la vie.
attendre

21
Juil
08

Un sourire salé

Maras, c’est d’abord une combe qui ouvre la montagne,

Puis un torrent aux rives étrangement blanches,

Puis un chemin qui crapahute dur dans la montagne,

Puis un tache blanche croquant celle-ci,

Puis des bassins en terrasse, blanc,  gris,beige, brun, rouge…

Puis des dizaines de points noirs ramassant, raclant le sel,

Puis des tas de sels aux couleurs distinctes,

Puis des enfants pieds nus courants, éclat de rire.

Continuer son chemin, la saline devient palette de peintre,

Puis on arrive sur le plateau,

Puis on arrive au village,

Un restaurant, une soupe chaude,

Un souvenir qui préfère rester un rêve.
Salines de Maras

carte




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