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16
Août
08

Train et d’autres amours VII

1ère partie, 2e partie, 3e partie, 4e partie, 5e partie et 6e partie

Au troisième ou quatrième escalon, après avoir fermé la porte, j’ai pensé : « Putain ! Je peux pas partir comme ça ! Ce fut probablement la dernière fois que j’ai vu la femme de ma vie. »

Je suis retourné et, à l’iminence de frapper sur sa porte, elle l’a ouvert. Nous nous sommes embrassés.

Néanmoins, il fallait encore que je parte.

Lis, je voudrais juste te dire que je t’aime fort bien, que j’irais n’importe où avec toi…

Une larme s’est écoulée par son visage.

Je… Je suis tellement désolée… Je peux pas. Je te le jure. Moi je t’aime bien aussi, mais je peux pas maintenant…

Quoique ça m’eût fait du mal, je le savais. Ce n’était pas notre heure (si jamais on aura un moment pour nous).

Elle m’a embrassé, m’a pris de nouveau dans ses bras et m’a demandé de partir.

Repars, je t’en pris. J’en pourrai plus.

Je suis allé, moi aussi avec des larmes aux yeux. J’étais en train de dire adieu à la femme.

Quand je suis arrivé à la cour intérieure du bâtiment, elle est sorti à la fenêtre et a crié :

Hey, guapo.

J’ai regardé vers le haut.

Sepa que te quiero mucho. Perdóname, ¿sí?

Il n’y avait pas grand-chose à dire : también te quiero. Que te vaya bien…

Je crois qu’il ne faut pas décrire mon état d’âme les jours suivants. J’étais complètement accablé. Mais la vie, ça continue. Elle n’arrête point.

Je suis allé à Clermont, où je devais me présenter quelques jours après.

Deux mois plus tard, après m’être installé, le portable a sonné. C’était le soir.

Bonsoir.

Bonsoir ?

C’est moi !

Toi ?

Oui, moi.

Lol, la vache !

Je voulais écouter ta voix. Juste ça.

Je suis content que t’as appelé. Comment ça va à Londres ?

Lis m’a tout raconté. L’enregistrement de son nouveau CD, les musiciens qui y collaborait, les gens dont elle avait faites connaissance. Pour finir, elle a laissé échapper :

Tu me manques!

Moi aussi.

Faut que j’aille, d’acc. Pense pas que je t’aime pas…

Dans ce moment-là, j’ai tout compris. Pas seulement mon histoire avec elle, mais l’amour en général. Amour appartient à celui qui aime, pas à celui qui est aimé.

J’ai décroché le téléphone triste et heureux à la fois. Triste pour avoir l’impression que je ne lui parlerais plus jamais ; heureux pour avoir compris un peu plus sur l’amour.

Depuis lors, on s’est parlé avec peu d’assiduité, mais on s’est parlé quand même. Parfois distants, d’autres fois plus proches, toujours par mél. Le dernier, il n’y a plus de deux mois, elle m’a dit :

Es increíble como nunca te olvidas de mí.

Ma réponse, que je ne lui ai pas encore envoyée, ce sera ce texte-là. Parfois la vérité est trop longue pour être dite en peu de mots…

et c’est finalement fini!

23
Juil
08

Train et d’autres amours V

1ère partie, 2e partie, 3e partie et 4e partie

Une fois à la ville-lumière, en arrivant à l’appartement où je m’hébergeais, à Belleville, la première chose que j’ai faite c’était l’appeler.

Bonjour, c’est moi !

Bonjour, t’es venu !

Oui. Tu pensais que j’allais pas venir ?

J’pas.

Je veux te voir.

Moi aussi je veux te voir, mais le seul problème c’est que mes horaires sont compliqués à cause de mon déménagement.

Dis-moi à quelle heure et où que j’y serai.

Écoute, moi je peux cet après-midi, vers 16h, à la petite place à Châtelet. Tu la connais ?

Oui.

Parfait.

On se rencontre là-bas alors.

On se rencontre…

J’étais là-bas à l’attente avant même 16h. De loin, je l’ai vu arriver. Par hasard, le même jeans de l’autre jour, mais une autre chemise. Pour ne pas en dire trop, elle était absolument étonnante. Ce fut l’avoir vu pour être sûr, à nouveau, que c’était elle la femme de ma vie.

Coucou.

Elle m’a embrassé sur la joue et m’a fait un hug.

Jourbon.

Moi, je souriais comme un con d’être à son coté une autre fois.

Elle a pris ma main dans la sienne et m’a poussé.

Je connais un petit coin sympa par là. On y pourra parler tranquillement.

En fait il y avait un coin très calme au milieu de la zizanie de Chatelet. On s’est jeté sur le gazon, s’est déchaussé et a bavardé pendant des heures. Parfois, elle se faisait caresser par moi, d’autres fois c’était moi.

Lis était toute ravissante. Enthousiasmée d’aller à Londres enregistrer son premier CD solo. Son souris s’épandait de l’un coté du visage à l’autre.

À cet instant-là, mon cœur sautait déjà par ma gorge. J’avais tellement envie de lui dire tout ce que je sentais (que c’était elle !), mais ou je n’avais pas de courage ou je ne trouvais pas d’opportunité. Jusqu’à ce que, son idée, on s’est levé et est allé prendre un café. On s’est assis vis-à-vis, de façon que je ne risquais pas de la suffoquer et lui donnais encore de l’espace pour courir. Je me suis donc déclaré. Sincère et ouvertement. Je n’ai rien caché et ai tout dit. Que je n’avais pas pu ne pas arrêter de penser à elle, que j’en étais amoureux, que je savais qu’elle était la femme, que je pouvais l’accompagner n’importe où elle aille.

Elle a écouté tout ce que j’avais à dire. Son silence, faut-il le dire, m’a laissé de plus en plus apréhensif. Lorsque j’ai terminé, je lui ai dit, si elle ansi le désirait, qu’elle pouvait partir tout simplement, sans avoir besoin de dire un seul mot. Lis s’est levée et est entrée au café. Je crois qu’elle est allée aux toilettes. Trois minutes après, comptées à la montre en extrème état d’afflition, est retournée, s’est assise, a regardé dans mes yeux et a dit :

Je veux pas partir.

J’ai dû brouillonner un sourire malin. Elle a continué :

Mais je vais t’avouer que j’ai failli partir. C’est pour ça que je suis allée aux toilettes, afin de voir si j’y réfléchissais un peu. C’est pas que je voulais partir parce que j’ai pas aimé ce que t’as dit. Tout au contraire. J’ai pensé partir parce que j’avais peur, et partir c’est toujours comment je finis par agir dans ces situations. Je vais être franche avec toi : j’ai peur des relations amoureuses. J’ai déjà essayé une fois, ça fait longtemps, mais ça n’a pas marché et je me suis faite blesser. Depuis lors, j’ai l’habitude d’échapper des gens que j’aime davantage et je finis par être avec ceux qui veulent rien de moi. Je t’aime bien, depuis le premier moment que je t’ai vu arriver à la gare. Pourtant, j’ai peur, trop peur d’être avec toi, spécialement parce que tu sembles être la personne parfaite pour moi. Tout serait parfait entre nous deux. C’est pas juste une croyance, c’est une certitude. Néanmoins, et je sais que je vais m’en repentir, j’arrive pas à faire face à mon peur. En plus, je sais que je plongerais de tête dans une histoire avec un mec comme toi, c’est bien moi ça, et je ne peux pas le faire pour l’instant. Je suis dans un moment déterminant de ma carrière, et d’une certaine façon c’est la seule chose que j’ai vraiment. Je peux pas te demander ça, mais je voudrais tu comprennes…

Moi, au contraire de ce que je pourrais imaginer, j’ai eu une épiphanie. C’est comme si tout, d’un seul coup, faisait du sens et s’organisait. Ce sont rares les moments où ça m’arrive. Celui-là en a été un.

Je te comprends. Vraiment. Je crois qu’il faut aller après ce que tu veux, t’y plonger complètement. Ça peut être fou, mais je sais qu’un jour on sera ensemble, tôt ou tard.

Elle a souri. Moi aussi, surtout parce que, dans ce moment-là, j’étais sûr qu’un jour on allait nous rencontrer (et qui dit que ça ne va jamais se passer ?). Elle a pris ma main, m’a caressé le visage et a failli m’embrasser.

Ce que je voulais davantage c’est t’embrasser, mas je peux pas. Je peux pas parce que je sais si jamais je le fais je vais pas réussir à suivre, parce que je ne ferais que penser au goût de ta bouche. Je te prie d’essayer de me comprendre. T’embrasser c’est tout ce que je désirais, mais je ne peux pas.

Quoique je te désire vachement, je te comprends.

Elle m’a pris de ses bras, a approché son visage du mien, presque lèvre sur lèvre (j’ai failli l’attaquer !), a touché son front sur le mien et a laissé tomber une larme.

Faut que je parte maintenant.

Je voudrais te revoir encore une fois.

Tu crois que ça va être bon pour nous ?

Aucune idée, mais je veux te revoir.

D’acc. Pourquoi tu ne viens pas chez moi demain? Appelle-moi avant pour savoir comment marche mon déménagement.

Ok.

suite…

18
Juil
08

Train et d’autres amours IV

1ère partie, 2e partie et 3e partie

À Amstelveen est-elle allée, alors que je me suis dirigé au hostel, en figurant que mon ami avait déjà pris tous mes trucs au parc. Lorsque je suis arrivé à l’auberge, mon ami n’était pas là. J’ai demandé à la réceptionniste s’il avait déjà fait le check-in et elle m’a répondu que oui. A complété en informant que moi aussi je l’avais déjà fait théoriquement. Chambre n° 203, lit 8. Je suis monté à la chambre, j’ai trouvé mon lit sans mes choses au-dessus et au-dessous. Je suis descendu, j’ai demandé quel était le lit de mon ami et je suis remonté pour voir si mes trucs étaient ou sous le lit ou dans son locker. Pas non plus. J’ai pensé : « Putain, est-ce qu’il n’a pas pris mes choses en pensant que j’allais le faire pour aller n’importe où avec Lis ? ». Dans le moment, c’est ce que j’ai pensé. J’avais été si con que je n’y ai pas pensé deux heures avant.

J’ai couru jusqu’au parc (il était déjà minuit). J’avais trop peur de m’être fait tout voler et avoir perdu l’infime quantité de vêtements que j’avais. Désespéré, je n’ai pas réussi à trouver mon sac à dos. J’ai paniqué. J’ai eu de la chance quand je me suis calmé et me suis rendu compte de que j’étais en train de chercher dans le mauvais lieu. Quand j’ai trouvé le bruisseau qui avait servi de cachette, j’ai vu que, quoique j’aie mal agi en avoir hésité (chose que je ne découvrirait qu’après), ce 9 septembre 2004 était, sans aucun doute, mon jour de chance par excellence : toutes mes choses étaient là, de la même façon que je les avais laissées.

Soulagé, je suis retourné au hostel et j’ai pris une douche. J’en avais vraiment besoin. Je suis sorti pour rencontrer mon ami, qui, pendant mon absence, m’avait laissé un mot pour dire où il était. Après l’avoir rencontré, je suis rentré et j’ai dormi avec la pensée de que j’allais rencontrer Lis tôt le matin. Mon idée était de me lever vers 7h, prendre le petit déjeuner, préparer mes machins et vers 9h l’appeler en lui disant à quelle heure j’arriverais. Trop simple.

Avec le billet en main, je lui ai passé un coup de fil. Le portable a sonné et elle n’a pas répondu. J’ai réessayé et elle n’a pas encore répondu. J’ai dû l’appeler quatre ou cinq fois et rien. Il est automatiquement passé par ma tête qu’elle avait désisté de moi et de notre histoire. Merde ! Merde ! Des gros mots étaient la seule chose que j’arrivais à dire dans ce moment.

Après à peu près une bonne heure, ayant déjà raté le train (quoiqu’il y en ait un à chaque demi-heure), j’ai désisté. Je pouvais aller comme un fou après elle, mais je savais que je n’allais pas la retrouver. Je suis retourné au hostel, j’ai réveillé mon ami et on est allé à Rotterdam.

Ma frustration était énorme, inénarrable et apparamment infinissable. Arhhhhh !

Une fois à Rotterdam, deuxième jour là-bas, j’ai résoulu l’appeler une autre fois juste pour ne pas me repentir après. Et n’a-t-elle pas répondu ?

Alô?

Alô.

Bonjour, c’est toi ?

J’ai essayé de t’appeler…

Saperlipopette, je suis heureuse que tu as appelé !

Ah bon ?

J’attendais ton appel.

Ah bon ?

Ouais. Vraiment désolée. Mon portable est resté hors service pendant deux jours. Des problèmes de signe. As-tu essayé de m’appeler ?

Quelle question !

Oui, plusieurs fois.

Non, vraiment désolée. Je voulais tellement que tu sois venu. À propos, je le veux encore !

J’ai dû me calmer.

Moi aussi.

J’allais t’inviter pour venir maintenant, mais une très bonne chose m’est arrivée et j’ai besoin de rentrer Paris aujourd’hui.

Qu’est-ce que c’est passé ?

Je vais signer un contrat avec un label anglais et j’ai besoin de déménager au plus vite possible à Londres.

C’est vrai ça ?

Merveilleux, n’est-ce pas ?

Absolument oui.

Je vais donc être à Paris d’aujourd’hui le soir trois jours. Ce sera le temps de résoudre ma vie là-bas.

Putain, incroyable ça !

Si jamais tu peux venir me voir avant que je sois partie, ce serait sympa…

Quoi dire ? C’est certain que j’ai tout préparé pour être à Paris dans deux jours. J’avais vraiment besoin de la revoir.

suite…

09
Juil
08

Train et d’autres amours III

1ère partie et 2e partie

Ce ne fut qu’après lui avoir parlé que je me suis souvenu de que j’étais accompagné d’un ami, qui était allé à la plage et qui en retournait avec moi, toujours à mon coté. Je vous avoue qu’il avait été offusqué par elle.

C’était quand il est arrivé, hébété et complètement surpris d’avoir eu courage de lui parler et de ne pas encore avoir reçu une gifle sur l’oreille.

Putain, c’est que…

J’ai même pas commencé à parler, il avait déjà tout compris.

Pas de problème. Allez-y, mon vieux. Puis on se rencontre au hostel.

Et il s’est éloigné.

Elle, qui sera dorénavant appelée Lis, a trouvé tout ça un peu étrange, mais tout de suite a souri et dit :

Moi aussi, je préfère comme ça.

Hébété.

Écoute, je connais très peu Amsterdam, mais j’ai vu un tas de cafés dans cette direction-là.

Ne t’inquiète pas, moi je connais un tout petit peu. Près d’ici, y a un lieu qui est pas mal du tout. Si ça te gêne pas, on pourrait marcher.

Pendant la marche, la conversation a déployé. Moi, dans ma petite expérience amoureuse, je sais que c’est quand la conversation se déploie que vous avez besoin de vous en préoccuper. Autre motif pour penser qu’elle était/est la femme de ma vie.

Avant même d’être arrivés au café, elle savait déjà quelques choses intéressantes sur moi. Par exemple : il était mon anniversaire.

Je te ferai un cadeau que tu n’oublieras jamais.

Et je n’ai jamais oublié, surtout parce qu’elle m’a rattrapé par mon talon d’Achille : la nourriture (je dis et je répète ça souvent : mon péché préféré est la gourmandise). Elle m’a donné mon premier pot de Häagen Dazs. Du chocolat suisse avec des noix de cacao et des petits morceaux entiers de truffe… Repas des dieux. Je me suis senti jadis avec un pied dans le paradis.

Mon cadeau n’a été pourtant donné qu’après.

Toujours au café, ambiance réservée, on s’est assis dans un coin, loin de tous. Au contraire de ce que j’ai l’habitude de faire, j’ai pris la place d’à son coté. La première fois je m’assois toujours en face de la fille par plusieurs motifs particuliers. M’assoir à coté prescinde déjà un peu de confiance, choses qu’on acquiért après avoir eu une bonne conversation. Avec elle, j’en étais déjà sûr.

Si la conversation, lors de l’allée au café, avait déjá déploié, les deux assis c’était encore mieux. Lis m’a raconté toute sa vie. De parents cubains, elle est née à Havanne, d’où ils se sont échappés lors de son infance, vu qu’ils étaient des anticastristes. Ils ont pris deux kayaks ouverts, l’un pour la famille et l’autre pour leurs biens, et se sont dirigés en haute mer vers les États Unis. Ont débarqué à Floride et ont fini par s’installer à Miami, où, par hasard, elle est dans cet instant-là.

Elle y est passée sa jeunesse et aux 16, 17 ans est allée vivre à New York pour étudier. Est entrée au conservatoire de musique de la ville (dont le nom je me souviens plus). Avec des amis, a monté un groupe, qui peu à peu a eu du succès. Il y a eu quelques concerts à New York et à d’autres villes importantes de la région jusqu’à ce qu’ils ont signé avec un label musical hollandais (voilà la Hollande qui commence à se faire expliquer). Ils sont allés en Europe, y ont fait quelques concerts et, pour enregistrer leur premier CD, ont déménagé à Amterdam. Lis y a habité à peu près deux ans.

CD enregistré, ils ont continué à faire du succès et, par des motifs de désaccord parmi les participants du groupe, elle est partie. Est allée habiter Paris, où a essayé de se faire une carrière solo. Ce fut quand, grâce à une rencontre des anciens amis, elle est allée leur rendre visite à Amstelveen. Le 9 septembre 2004, lors de mon anniversaire de 23 ans, elle a décidé de passer le jour tout seule pour réfléchir. Beaucoup de choses se passaient dans sa vie, lesquelles vont finir par postérieurement influencer mon histoire avec elle.

Les deux étions allés à Zandevoort aan Zee pour réfléchir. Elle à cause de tous ces motifs ; moi parce que je faisais 23 ans, j’habitais hors du Brésil pour la première fois et je décidais, comme je le fais presque tous les jours, quoi faire de ma vie.

Au café, le temps est passé en un clin d’oeil. Du coup, il était 20h (il faut ne pas oublier qu’en Europe, en été, le coucher du soleil n’est qu’à 22h).

Pourquoi on ne paie pas et ne profite pas qu’il y a encore de soleil pour nous promener.

Pas mal comme idée.

Elle m’a pris de la main et m’a conduit vers la rue. J’ai cru qu’on allait nous embrasser, mais c’était évident qu’elle était encore craintive. Peut-être parce qu’elle en avait peur, peut-être parce qu’elle avait été blessée d’une histoire du passé. J’ai décidé ne pas la pousser.

Elle m’a conduit par les rues d’Amsterdam, en me montrant ses lieux préférés et me racontant des histoires. Notre conversation semblait ne jamais avoir fin, ce qui, pour moi, était parfait. Même aujourd’hui, si la fille n’est pas bavardeuse (pas dans le sense de trop parler, mais dans celui de savoir bien parler), je finis par ne pas en vouloir plus.

Lorsqu’on est passé devant un supermarché, elle m’a pris de la main et on est entré.

C’est là que je vais t’acheter le cadeau dont tu n’oublieras jamais.

Häagen Dazs. Pas de commentaires.

On s’est assis sur l’escalier de la place d’en face et, avec les petites cuillères de plastiques offertes par la cassière du supermarché, on a dévoré le pot tout entier. Il faut que je dise que Häagen Dazs a finit par être vaincu par Persicco, d’Argentine, mais ça ne veut pas dire que ce premier pot-là, aux 23 ans, a perdu tout le symbolisme qu’il a pour moi. Tout au contraire.

Nos mains se sont touchés plusieurs fois. Nos regards se sont entre-croisés et se sont congélés l’un dans l’autre pas mal de fois, mais quand même j’ai senti qu’elle avait peur. J’ai continué à ne pas vouloir la forcer. D’autre part, j’ai perdu la compte de combien de fois elle a passé la main sur mon visage en geste de caresse.

Vers 23h, juste quand on était devant la catédrale de Amsterdam, avec les cloches sonnant les 23h, on a su qu’allait se passer quelque chose. Il y a eu entre nous, la première fois depuis qu’on s’est parlé, un silence. On s’est regardé fond dans les yeux, s’est approché et a évité d’avoir besoin de décider.

Tu viens avec moi jusqu’à la gare pour acheter mon billet ?

Bien sûr, quoi.

Chaque minute de plus avec elle était, pour moi, un plaisir.

Il y avait encore beaucoup de places dans le train. Elle a acheté le billet, a payé et, en me poussant d’à coté, m’a demandé :

Pourquoi tu ne viens pas avec moi à Amestelveen ? Tu pourrais rester chez mes amis sans aucun problème.

Quoi ? Quoi ? Quoi ? Je n’arrivais pas à croire à ce que j’avais écouté. Au même temps et par contre, un tourbillon de pensées, qui listaient pas mal de problèmes l’un après l’autre, a commencé de passer par ma tête. Argent : je n’avais que deux euros ; il fallait lui en prêter pour le billet et pour n’importe quoi d’autre chez ses amis. Vêtements : ceux que je portais, qui étaient sales. Vêtements : mes choses étaient restées cachées au Vondelpark, au milieu du bois, où j’avais dormi le soir pour ne pas avoir/vouloir épargner de l’argent. Passeport : dans le cabinet du hostel où j’allais dormir ce soir-là, une fois que j’y avais fait la réservation le jour avant. Amstelveen : c’est où ça exactement ? Amis : qui ? Mon ami : comment l’avertir ? Est-ce qu’il se préoccuperait de moi ? J’ai fort hésité.

D’un coté, j’avais trop d’envie d’y aller.

D’autre coté, je n’arrivais à voir que des tracas.

J’ai hésité. J’ai hésité. Et elle s’est rendue compte de que j’hésitais.

Aï, j’pas. J’ai pas d’argent, toutes mes choses sont là, mon ami va devenir fou pour savoir où je suis.

Écoute, c’est pas grave ça. Si tu crois qu’aujourd’hui c’est pas bon pour toi, tu peux y aller demain. Je te donne mon numéro de portable et tu m’appelles.

Ah bon ?

Bien sûr.

Elle m’a donc donné son numéro et j’ai décidé que ce serait mieux d’aller la rencontrer le lendemain.

Ma joie a été sans mésure. Pourtant, je ne savais même pas qu’avoir hésité et ne pas être allé a été une des plus grandes bêtises amoureuses que j’ai déjà faites dans ma vie, sinon la plus grande.

Néanmoins, de l’avenir je ne savais rien. Pour moi, on irait se rencontrer le lendemain et, qui le sait, notre passion en attente ébouillirait finalement.

On a pris congé l’un de l’autre sans nous être embrassé. Pas encore. Son regard, pendant le départ, n’a que certifié plus encore la certitude de que c’était elle. Quoique nous nous soyons pas embrassés (je sentais qu’elle le voulait mais ne le voulait pas à la fois), nous nous sommes touchés les mains l’un de l’autre jusqu’à ce qu’elle est montée dans le train.

suite…

07
Juil
08

Train et d’autres amours II

1ère partie

… Sale, sué, déchevelé et sans pouvoir bien respirer, j’ai touché sur son épaule gauche. Elle a tourné vers moi sans peur. Ses yeux verts m’ont perscruté et m’ont paralysé.

Excuse me. Sorry if  I’m bothering you..

Mon niveau anglais était dégueulasse.

I don’t know. I saw you in the train and I really need talk to you.

Hi!

Hi!

I… just don’t know what to say. I need say I wanted talk to you.

Sorry, I didn’t ask if you speak English. Do you speak English? Are you understanding me?

I do speak.

Fuck, because I don’t. But I want talk to you so much. Neither Dutch I speak.

Me neither.

Really? You are not from here?

Nop. I’m Cuban.

Wow. So you speak Spanish.

Yep.

Fuck, I don’t speak Spanish very well. Mas quiero mucho hablar contigo. Hablo serio.

Dans ce moment-là, quand elle s’est rendu compte de que j’étais en train de faire un gros effort pour arriver à lui parler, elle m’a ouvert un souri.

¿Y qué hablas tú?

Hablo portugués.

¿Eres de Portugal?

No, brasileño.

Qué bueno, tío. ¿Y qué haces en Holanda? ¿Estás de vacaciones en Europa?

¡Qué no! Quiero decir: sí, estoy de vacaciones, pero moro en Francia.

Mon niveau espagnol, à l’époque, était déplorabe.

¿Enserio?

Yo también.

¿De verdad? Así que tú hablas francés…

Mais oui, monsieur.

Super, quoi. Voilà une façon de te parler comme il faut.

Soulagé, j’ai senti dorénavant que mes chances avec la femme de ma vie n’étaient pas nulles. Il y avait de l’espoir à la fin du tunnel.

Putain, quel soulagement pouvoir te parler sans problème.

Elle a ri. A souri.

Je te disais donc que je voudrais tellement te parler. Depuis Zandvoort, je t’ai regardé pendant tout le trajet du train. Je n’ai pas réussi à ne pas…

Moi non plus.

Pour de vrai ?

Ouais.

Tu as un regard qui…

… qui m’a laissé à la fois sans défense et fascinée.

Impossible de ne pas se sentir honteux. C’était la femme de ma vie qui me le disait.

Je sais que c’est rare et un peu bizarre ce que je vais te dire, surtout en comptant que tu ne me connais pas, que tu ne m’as jamais vu ailleurs, mais je voudrais te parler quand même, faire ta connaissance.

Et pourquoi on ne prend pas un verre pour mieux se connaître ?

Pour de vrai?

Tout à fait! Pourquoi pas? Je n’ai besoin que de savoir quelle heure il est.

Hum… Il est 15h20.

Hum… c’est que mon train sort d’ici dix minutes.

Hum…

Ma déception a dû être remarquable.

Mais ça nous empêche pas d’aller au guichet demander quels sont les autres horaires de trains pour Amstelveen.

J’ai souri. Elle s’est dirigée au guichet, a demandé et a découvert qu’il y avait des trains jusqu’à 23h. Parfait.

On prend du café ?

suite…

30
Juin
08

Train et d’autres amours I

C’est quoi voyager ? Moi, je me demande ça souvent. Les réponses clichées s’accumulent : visiter les lieux, faire connaissance de gens, la liberté, les idiomes… Dans la catégorie « faire connaissance de gens », le sexe opposé y est compris. Jetez-moi une pierre celui qui n’a jamais voulu trouver la femme/l’homme de sa vie pendant un voyage (M. Dulctateur, tu es officiellement exclus de cette enquête parce que tu l’as déjà trouvée) ? Sinon, jetez-moi un pierre celui qui n’a jamais failli trouver mais qui l’a laissé s’échapper ?

En y réfléchissant, j’ai dû me dire que voyager peut être aussi, parmi beaucoup d’autres choses, une recherche de l’amour platonique perdu ou jamais trouvé. Je me suis convaincu qu’il faut, pour parler de voyages, traiter de l’amour, des rencontres et de non rencontres. Voilà donc la première de sept parties de mon histoire la plus mal/heureuse à ce sujet.

Première partie

Avant tout, il faut que je dise qu’elle est la femme de ma vie.

La première fois que je l’ai vue, ç’a été de coin d’œil en entrant dans un train. On était à Zandvoort aan Zee, en Hollande. Moi, je venais de la plage, sale de sable, où j’avais dormi une bonne partie de la journée. C’était aussi mon anniversaire.

Elle était seule, marchait vers le quai en jeans, hautes bottes au suède marron et lunettes de soleil. C’est quand j’étais en train d’entrer au wagon que j’ai tourné la tête pour dire adieu à cette plage où probablement je ne retournerais plus jamais. Quoique solitaire, il avait été mon meilleur anniversaire.

Je l’ai découverte de coin d’œil à entrer par la porte à ma droite. Belle, charmante, merveilleuse, ai-je pensé.

Elle s’est assise à l’opposée du wagon, jambes croisées, et me regardait. Regard dans regard. Œil avec œil. Plus rien.

Dans un premier moment, je n’ai pas pu croire que c’était avec moi. J’ai regardé autour de moi à la recherche de n’importe quel autre homme, et rien. Cette très jolie femme-là me regardait ? Ça pourrait être vrai ? Un peu intimidé, j’ai dévié le regard. Mais la tentation et la curiosité ont été plus fortes. Lorsque j’ai tourné la tête de nouveau, elle était là en train de m’observer. Sans préjugés. Qu’en m’observant. À ce moment-là j’étais déjà fasciné et passionné par elle. Coup de foudre absolu. Amour à première vue. En une fraction de secondes je me suis imaginé avec elle, en voyageant par le monde, les deux vivant ensemble.

Notre train est parti de Zandvoort aan Zee avec destination de Haarlem. Pendant le trajet, pas plus de 40 minutes, on n’a pas décollé le regard l’un de l’autre. Et ce fut dans cette demi-heure que j’ai su qu’elle était la femme de ma vie. Si elle s’en avait rendu compte aussi, je ne sais pas. Le fait c’est que j’en étais sûr.

En arrivant à la gare de Haarlem, je suis descendu du train pour en prendre un autre. C’était ma connexion pour Amsterdam. Les pas que j’ai eus besoin de faire ont été terribles. Dans ma tête, je ne réussissais pas à penser à autre chose qu’à la perspective de ne plus la voir. Mais le monde, ce jour-là, était pour moi. Elle allait à Amsterdam aussi. Et dans le même train, même wagon et même disposition de places. Nos regards, comme avant, se sont rencontrés et ne se sont plus décollés.

Pendant ce parcours vers la capitale hollandaise, je l’ai savourée au maximum. Brune, cheveux brillants, des yeux verts-clairs, bouche charnue, souris parfait, environ 1,70m, des très beaux seins, belles jambes, fabuleuses cuisses et d’un charme simplement irrésistible. Au-delà du jeans et des bottes, elle portait un blouson rouge. Ses mains, à quoi je fais toujours attention, étaient fortes et de longs doigts. Ongles bien dessinées, pas de cuticule. À la main droite, au doigt annulaire, une grande bague d’argent.

Absolument parfaite.

L’amour fait des choses comme ça.

Avant même d’arriver à la gare d’Amsterdam, mon cœur battait déjà à mille par heure, désespéré de ne pas savoir si je la verrais une autre fois. J’avais besoin de lui parler. À n’importe quel coût. Ma main suait. Moi, je bégayais déjà dans mes pensées.

Quand le train a commencé à freiner, je suis entré dans un état de désespoir total. Gros mal à la poitrine. Je ne pouvais pas perdre cette opportunité. Je ne pouvais point ! Elle était la femme de ma vie. Elle l’est.

Une fois le train arrêté, tous sont sortis. Sauf moi. Je suis resté en la regardant s’éloigner. Pas mal de choses sont passés par ma tête. Devais-je lui parler ou pas ? Je ne savais même pas hollandais. Je dirais quoi ? Peu m’importait. Le fait c’est que j’avais besoin de lui parler. J’ai pris du courage et je suis allé après elle. Au moment de sortir du wagon, je l’avais déjà presque perdue de vue. En me sentant un con, j’ai couru.

Sale, sué, déchevelé et sans pouvoir bien respirer, j’ai touché sur son épaule gauche. Elle a tourné vers moi sans peur. Ses yeux verts m’ont perscruté et m’ont paralysé.

suite…




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