Archive pour juin 2008

30
Juin
08

Train et d’autres amours I

C’est quoi voyager ? Moi, je me demande ça souvent. Les réponses clichées s’accumulent : visiter les lieux, faire connaissance de gens, la liberté, les idiomes… Dans la catégorie « faire connaissance de gens », le sexe opposé y est compris. Jetez-moi une pierre celui qui n’a jamais voulu trouver la femme/l’homme de sa vie pendant un voyage (M. Dulctateur, tu es officiellement exclus de cette enquête parce que tu l’as déjà trouvée) ? Sinon, jetez-moi un pierre celui qui n’a jamais failli trouver mais qui l’a laissé s’échapper ?

En y réfléchissant, j’ai dû me dire que voyager peut être aussi, parmi beaucoup d’autres choses, une recherche de l’amour platonique perdu ou jamais trouvé. Je me suis convaincu qu’il faut, pour parler de voyages, traiter de l’amour, des rencontres et de non rencontres. Voilà donc la première de sept parties de mon histoire la plus mal/heureuse à ce sujet.

Première partie

Avant tout, il faut que je dise qu’elle est la femme de ma vie.

La première fois que je l’ai vue, ç’a été de coin d’œil en entrant dans un train. On était à Zandvoort aan Zee, en Hollande. Moi, je venais de la plage, sale de sable, où j’avais dormi une bonne partie de la journée. C’était aussi mon anniversaire.

Elle était seule, marchait vers le quai en jeans, hautes bottes au suède marron et lunettes de soleil. C’est quand j’étais en train d’entrer au wagon que j’ai tourné la tête pour dire adieu à cette plage où probablement je ne retournerais plus jamais. Quoique solitaire, il avait été mon meilleur anniversaire.

Je l’ai découverte de coin d’œil à entrer par la porte à ma droite. Belle, charmante, merveilleuse, ai-je pensé.

Elle s’est assise à l’opposée du wagon, jambes croisées, et me regardait. Regard dans regard. Œil avec œil. Plus rien.

Dans un premier moment, je n’ai pas pu croire que c’était avec moi. J’ai regardé autour de moi à la recherche de n’importe quel autre homme, et rien. Cette très jolie femme-là me regardait ? Ça pourrait être vrai ? Un peu intimidé, j’ai dévié le regard. Mais la tentation et la curiosité ont été plus fortes. Lorsque j’ai tourné la tête de nouveau, elle était là en train de m’observer. Sans préjugés. Qu’en m’observant. À ce moment-là j’étais déjà fasciné et passionné par elle. Coup de foudre absolu. Amour à première vue. En une fraction de secondes je me suis imaginé avec elle, en voyageant par le monde, les deux vivant ensemble.

Notre train est parti de Zandvoort aan Zee avec destination de Haarlem. Pendant le trajet, pas plus de 40 minutes, on n’a pas décollé le regard l’un de l’autre. Et ce fut dans cette demi-heure que j’ai su qu’elle était la femme de ma vie. Si elle s’en avait rendu compte aussi, je ne sais pas. Le fait c’est que j’en étais sûr.

En arrivant à la gare de Haarlem, je suis descendu du train pour en prendre un autre. C’était ma connexion pour Amsterdam. Les pas que j’ai eus besoin de faire ont été terribles. Dans ma tête, je ne réussissais pas à penser à autre chose qu’à la perspective de ne plus la voir. Mais le monde, ce jour-là, était pour moi. Elle allait à Amsterdam aussi. Et dans le même train, même wagon et même disposition de places. Nos regards, comme avant, se sont rencontrés et ne se sont plus décollés.

Pendant ce parcours vers la capitale hollandaise, je l’ai savourée au maximum. Brune, cheveux brillants, des yeux verts-clairs, bouche charnue, souris parfait, environ 1,70m, des très beaux seins, belles jambes, fabuleuses cuisses et d’un charme simplement irrésistible. Au-delà du jeans et des bottes, elle portait un blouson rouge. Ses mains, à quoi je fais toujours attention, étaient fortes et de longs doigts. Ongles bien dessinées, pas de cuticule. À la main droite, au doigt annulaire, une grande bague d’argent.

Absolument parfaite.

L’amour fait des choses comme ça.

Avant même d’arriver à la gare d’Amsterdam, mon cœur battait déjà à mille par heure, désespéré de ne pas savoir si je la verrais une autre fois. J’avais besoin de lui parler. À n’importe quel coût. Ma main suait. Moi, je bégayais déjà dans mes pensées.

Quand le train a commencé à freiner, je suis entré dans un état de désespoir total. Gros mal à la poitrine. Je ne pouvais pas perdre cette opportunité. Je ne pouvais point ! Elle était la femme de ma vie. Elle l’est.

Une fois le train arrêté, tous sont sortis. Sauf moi. Je suis resté en la regardant s’éloigner. Pas mal de choses sont passés par ma tête. Devais-je lui parler ou pas ? Je ne savais même pas hollandais. Je dirais quoi ? Peu m’importait. Le fait c’est que j’avais besoin de lui parler. J’ai pris du courage et je suis allé après elle. Au moment de sortir du wagon, je l’avais déjà presque perdue de vue. En me sentant un con, j’ai couru.

Sale, sué, déchevelé et sans pouvoir bien respirer, j’ai touché sur son épaule gauche. Elle a tourné vers moi sans peur. Ses yeux verts m’ont perscruté et m’ont paralysé.

suite…

27
Juin
08

La Vache

Lors de mon séjour labourable en France, où je travaillais comme professeur assistant de portugais, j’ai souvent souffert du racisme. Dès les premiers mots que j’ai échangés avec ma professeuse superviseure (appelée dorénavant tout simplement « la Vache »), j’ai su que la coexistence entre nous n’allait pas être simple.

Le 4 octobre, vers 8h, je suis arrivé au collège où j’allais travailler pour faire signe que j’étais là. Je me suis présenté au directeur, à mes futurs collègues et à ma professeuse superviseure, à qui, hypothétiquement, je devais aider. Moi, voulant lui donner une bonne impression, j’ai utilisé toute la sympathie qu’a pue m’inculquer ma culture brésilienne. Notre première conversation a pourtant été ainsi :

Moi : Bonjour, Madame. Enchanté de faire votre connaissance.

La Vache : Bonjour.

M : Je voudrais me présenter. Je suis votre nouvel assistant de portugais langue étrangère.

V : Ah, vous êtes donc Maïkon, n’est-ce pas ?

M : Oui, Madame.

V : Avant tout, sachez que vous êtes là pour m’aider, pas le contraire. M’aider avec n’importe quoi n’importe comment n’importe quand. J’ai déjà eu plusieurs assistants et tous m’ont causé beaucoup de problèmes, surtout ceux qui étaient brésiliens, car ils étaient tous des paresseux et incompétents. J’espère que vous ne le serez pas.

M : Ben… (quoi dire dans une situation pareille ?)

Moi, j’ai dû pensé à basse voix : Maïkon, sois le bienvenu, putain !

Notre conversation a continué et la Vache m’a expliqué, avec une amertume infinissable, tout ce que je devais savoir pour faire mon travail bien fait.

Le même jour, fin d’après-midi, je suis rentré chez moi avec les pensées à toute vitesse : mon travail était plutôt de professeur (quasiment) et pas d’assistant comme on m’avait prévu. Pas de problème pour le boulot proprement dit. Je n’ai pas peur de travailler. Mais ce qu’elle m’a laissé bien clair c’était qu’elle voulait un assistant dans le sens d’aider, pas dans le sens d’apprentis, ce qui était en fait pourquoi j’étais venu du Brésil. Me voilà donc arriver chez moi complètement désespéré et travailler d’arrache-pied au-dessus des cours de la semaine.

Le lendemain matin, lors du déjeuner, au coin prof du restaurant du collège, elle s’est tournée vers moi, m’a lancé un regard âpre et m’a posé la question suivante :

V : Pourquoi est-ce que tous les travestis du monde sont brésiliens ? Pourquoi est-ce que tous les hommes sont des coureurs de jupes et les femmes des putes ?

Détail menu : on était tous (les professeurs du collège) assis à la même table ronde.

Silence absolu parmi tous les professeurs. Leur visage hébété et hagard était déjà tout signifiant.

Moi, j’ai dû me contrôler pour ne pas escagasser la Vache. Néanmoins, j’avais besoin de me défendre à la hauteur de son offense, pour qu’elle sache que je n’étais pas venu du Brésil pour engolir sapo (quelque chose comme « avaler des crapauds », c’est-à-dire, accepter soumis à ses offenses).

M : Ben, j’imagine parce que là-bas on a déjà passé par une vraie révolution sexuelle, de façon que les gens n’ont pas de faux moralismes et ne sont pas d’hypocrites de merde comme ailleurs ! Le plus important c’est s’accepter et être heureux.

Le ris contenu entre tous a été assourdissant. La Vache ne s’y attendait pas. Elle m’a jeté un regard machiavélique, s’est levée et s’en est allée sans avoir fini son repas.

Avant même qu’elle soit complètement sortie de la cantine, les autres professeurs s’écriaient déjà : Bravo ! Excellent ! Bien dit, elle le méritait ! Ce fut donc un grand vacarme. Dans ce moment-là, j’ai découvert que la Vache était haïe par tous. Moi, je me suis senti un peu soulagé et j’ai décidé de ne lui parler que pour le nécessaire au sujet des cours.

Il s’est passé qu’à partir de cet épisode-là j’ai fait pas mal d’alliés et une grande ennemie : Madame la Vache, comme elle était devenue connue parmi les autres professeurs !

Il est sûr que ma vie s’est bien compliquée depuis alors. À chaque allée au collège j’en revenais avec plus de travail (non nécessaire), de problèmes et de tracas. Pendant le trajet de retour, je venais plein de rage. La seule chose à laquelle j’arrivais à penser c’était d’empaller la Vache et en faire un bon barbecue. Putain de vache !

Mes jours étaient de plus en plus détestables. En ton de vengeance, la Vache faisait tout ce qui était à sa portée pour rendre ma vie insupportable : des petits commentaires sarcastiques et trop racistes, disséminait des faux commérages sur moi parmi les élèves, a distribué mes horaires de telle façon que je devais passer presque toutes les journées au collège (alors que tous les autres assistants que je connaissais, soit dans mes établissements d’enseignement, soit ailleurs en France, ne travaillaient qu’un ou deux jours par semaine justement pour optimiser leur temps). Affreux !

Disons que j’ai souffert à cause de la Vache.

Au bout de mon sixième ou septième mois de travail, je ne la supportais plus et, après y avoir beaucoup réfléchi, j’ai décidé de démissionner. C’est donc qu’un bon jour, à la fin de mes cours de l’après-midi, je suis allé au bureau du directeur, je lui ai tout raconté et je lui ai communiqué que j’allais partir. De façon surprenante, il m’a dit qu’il me comprenait (jusqu’aujourd’hui je ne sais pas pourquoi) et que ça ne lui posait pas de problèmes. Le plus important était mon bien-être. J’ai donc démissionné et un mois après, ne pas ayant trouvé du boulot et sans un sou, je suis retourné au Brésil.

L’année dernière, j’ai reçu, sur mon ancienne boîte de réception, un mél du secrétaire pédagogique d’Auvergne, à qui à l’époque j’ai dû rendre personnellement une lettre avec tous les motifs par lesquels j’avais démissionné. La lettre racontait que La Vache, après s’être soumise à une enquête auprès ses collègues, élèves et anciens assistants, avait été renvoyée.

25
Juin
08

NASTRAHVIA

Dès que je bouge sur ma banquette, le soldat, d’un seul bond, braque sa Kalachnikov sur moi. Il me regarde d’un oeil féroce. Mon sang se fige, une vraie mitraillette et tout  près! Puis, ayant compris que je voulais juste jeter un coup d’oeil par la baie vitrée, il reprend sa place. Du haut de ses 2 mètres et plus, mon gardien ne me quitte des yeux. On attend.

Très tot ce matin, en compagnie d’un charmant guide roumain, on était arrivé  à l’aéroport International Borispol de Kiev en visite touristique. Organisée par une agence à Bucarest, quinze français et moi – la seule latino – devions faire le tour de Sainte Sophie, musées, églises, parcs. Plus tard, déjeuner, croisière sur le Dnipro, shopping, tout ça en vrai Speedy González (vous savez, le rat mexicain, le héros le plus sympathique et véloce du monde. Il a été accusé en 1999 comme étant ethniquement offensif aux mexicains, autrement dit, politically incorrect. Ce n’est pas tout: il a des amis qui fument et boivent!!! Le cartoon a été banni aux USA, pourtant il est toujours populaire dans les chaines TV latines).

Après ce petit hommage a Speedy, revenons à Kiev. A ce moment-là – les années 80 -, certains pays en Amérique Latine étaient dominés par des dictateurs fascistes et les portes soviétiques fermées à leurs citoyens. Pas question de se présenter sans visa sur son passeport. Mais l’agence à Bucarest avait oublié ou ignoré ce petit détail. Moi, je l’ignorais tout court. Me voilà donc essayant d’atterrir en toute innocence, porteuse d’un passeport virginal sans visa.

Le contrôle de passeports se faisait avant de quitter l’avion. On retenait le passeport, à sa place on vous donnait un livret qu’il fallait garder avec soin. Quand arrive mon tour, catastrophe! Les contrôleurs se regardent, me regardent, s’agitent. Consultation avec notre guide. Je ne comprends pas ce qui arrive, mais mon  passeport disparait rapidement et aucun livret ne le remplace. Je suis arrêtée sans ménagements, mon guide semble assez vexé et marmonne des excuses. Entre-temps le groupe m’attend dans le bus. Ils rouspètent bruyamment, se demandent de quoi il s’agit. Mais, qui est cette femme? Une espionne de la Cia? Ce délai va tout dérégler, on va manquer une partie du tour. Ces latinos! Allez, partons tout de suite!

Plus loin, deux soldats me font descendre de l’avion et me poussent vers la Zone de Transit. Isolée. Le guide a disparu, il est peut-être en train de faire des démarches chez la KGB pour me relâcher. Maintenant je suis seule avec mon redoutable gardien, puisque le bus et le nouveau guide sont déjà partis.

Impatience. Angoisse. La matinée s’écoule lentement en attendant l’accord de la police pour que je puisse sortir. Vers midi le guide apporte des nouvelles: les enquêtes sont terminées et je peux joindre mon groupe, qui déjeune dans un hôtel. Alors il faudra prendre un taxi… à mes frais!!!  Est-ce que j’ai bien compris? À mes frais? Ah, non, pas du tout, Monsieur le Guide. Ma furie se déchaine, c’est le bouquet! Alors le guide a dû se remettre. Il m’a offert, au nom de l’agence et le sien, des excuses sincères, le prix du taxi et son service comme guide.

Voilà une belle compensation. Je jouis d’un vrai tour guidé pendant le trajet jusqu’à l’hôtel, tout le long d’une route impeccable flanquée par des forêts luxuriantes.

De ma visite à Kiev, seulement la trouille, la vulnérabilité, l’impuissance et l’angoisse face au Pouvoir sont restés inoubliables.

par Ana Tejero

20
Juin
08

Photos d’Amazonie et du peuple Kuna

Être expatrié ne signifie pas forcément être voyageur, on peut partir vivre dans un pays lointain tout en gardant la même vie que dans son village. On voit même parfis des expatriés qui emmène leur frigo… De la même manière il est possible dêtre voyageur tout en restant dans son village, il suffit parfois d’ouvrir une porte

Il  y en a d’autre qui choississe les deux, vivre en expat et voyager. Un couple d’italo-français a fait ce choix en Colombie et nous en fait profiter à travers 3 différents blogs.

Amazonie mon amour, nuedi et nuedi.

18
Juin
08

Un autre monde

Parinari, 3 heures de bateau, 3 heures de marche dans la jungle, une pause chez le fabricant du Whisky de la jungle (alcool de cane fermentée, rien à voir avec le rhum, qu’il nous dit), plus d’ampoules à chaque pied que de lampadaire dans Paris. Un petit coin de jungle récement brulé, un champ de manioc, quelques bananiers, une première hute, nous sommes arrivés à Parinari. Le village, de petite maison de bois et de feuillage entourent un improbable terrain de football. la seule batise en dur est l’école.

Nous resterons 3 jours dans ce village hors du temps, nous y boirons des litres et des litres de chica, une boisson douçâtre, nous nous plongerons dans la jungle à la recherche d’un palmier dont le coeur sera notre diner, nous dégusterons des vers de bananiers et quelques insectes.

Le second jours dans la cabane commune du village,  la salle des fêtes en quelques sortes, nous échangerons contes, histoires, mots, 3 heures passionnantes. Le derniers jours, nous remonterons en pirogue au levé du jour, un petit affluent du grand fleuve.

Toucans, oiseaux, brume légère, singes hurleurs, bruissement de la jungle, bruissement d’ailes, odeur de l’eau, odeur de verdure, il m’est difficile de savoir sur quel sens me concentrer, dois-je fermer les yeux, dois-je me boucher le nez ou les oreilles. Trop de sensations m’assaillent. Qu’importe.  Je me laisse porter. je me perds. Intenses sensations de bonheur. Je vis…

Parinari

Toutes les photos de la série sur l’amazone

16
Juin
08

Là où l’on croit

Il existe de part le monde des lieux où la spiritualité vous dévore. Ce sont toujours des lieux étonnants que de tout temps l’homme a utilisés pour révérer ce en quoi il croyait. De tous ces lieux, celui où cette puissance vous dévore le plus c’est Jérusalem, où les murs semblent dégouliner de religiosité et de spiritualité, jusqu’à l’écœurement, jusqu’à la folie (Syndrome de Jerusalem). Je pense aussi à Sainte Sophie d’Istanbul ou au salar d’Uyuni, enfin tout endroit où l’on se plonge dans un univers qui nous dépasse.

Mosquée Omeyyades -  Damas - Syrie
Le mosquée Omeyyade de Damas fait partie de ces lieux. D’abord temple de Jupiter, dont les colonnes supportent encore la construction, il devient sous l’influence de la dynastie des Omeyyades une des plus sublime mosquée qu’il m’ait été donné de voir.
Nous sommes un vendredi, la grande cours resplendie sous un agréable soleil d’automne, des hommes, des femmes, marchent, se posent, parlent, discutent, s’oublient. Nous sommes les 2 seuls occidents nos peaux claires attirent, nous devenons centre de curiosité, pourtant, à la différence du reste de la ville, on nous laisse avec nos réflexions. Par moment les muezzins entament des chants qui vous figent sur place par leur beauté. Pendant près de deux heures je me perdrai dans une étonnante méditation, contemplatif, d’un monde si proche et si lointain de moi, celui des religions et des religieux.

13
Juin
08

Cauchemar sur le train (2ème partie)

1ère partie

À la gare de Turin nous attendent trois carabinieri qui ont pris la relève après celui qui, sans souffler mot,  nous avait gardés pendant le trajet. De ma part, aucune intention de prendre la fuite. Dans une ville inconnue? Une sans-le-sou? Sans papiers? Ce sera plus sage de se laisser faire et voir où ça mène.

Oui, ça menait tout droit vers le panier à salade. Allez, hop. On y monte. La voiture démarre comme un éclair, sirènes hurlant à toute vapeur. Les passants pensent: qu’est-ce qu’elle est efficace, notre Superpolice, ils ont sûrement attrapé des délinquants dangereux.

La Questura est un bâtiment énorme, et maintenant je suis seule, car mes copains délinquants ont été amenés ailleurs. Dans un bureau privé, je dois faire face au détective qui m’assaillit de questions. Qui suis-je, que faisais-je à Rome, où vais-je, etc. Ça devient grave, puisque sauf un vague souvenir de gros mots appris au Poste de douane j’ignore les mots plus ou moins savants qui pourraient m’aider tout de suite. Mais voici un interprète qui arrive.  Uff… Je raconte tout, adresse à Paris, lieu de travail, nom de ma banque, cartes de crédit, etc., etc.

Question:. numéro de votre passeport?……… Zut! Rien, zéro, oublié…

Question:  numéro de votre compte en banque? Rien, zéro, oublié…

Question:  numéro de votre Carte de Séjour? Rien, blanc total. Zut zut zut !!!

Et ainsi de suite. Seul peut me sauver une vérification consulaire. C’est ce que je demande aux italiens car je suis toujours une étrangère suspecte et malfaisante. Bientôt un officier de mon consulat arrive au secours. Il paraît que le détective a écouté son intuition et me laisse partir avec le  bonhomme qui a promis de me prendre en charge dorénavant.

Pour le reste, tout se passe très vite. Au Consulat, une fois toutes vérifications avec Paris accomplies, je reçois un prêt pour m’offrir un repas (finalement !), me balader et faire mes photos d’identité. Entre-temps le Consulat préparait un Laissez-passer, achetait un billet pour le train Turin-Paris de 21 heures.

Puis, un officier du Consulat m’a conduit vers une grande salle. Ou je me suis effondrée sur des Superfauteuils en cuir pour dormir (finalement) jusqu’à mon départ. De temps en temps et puisque je suis à moitié endormie, j’entends des pas très discrets qui respectent mon sommeil avec soin. Après, on me réveille doucement, un taxi m’attend pour me conduire à la gare.

Subir à nouveau les controles de douane, quel cauchemar !!! Est-ce que le douanier va accepter mon Laissez-passer, est-ce que, est-ce que… Pendant que le train roule j’ai des flash-backs, je revois ces paysans habillés en complet bleu. En attendant le départ du train ils sont toujours sur le quai, cette fois en face de mon compartiment. Ils ne font des adieux à personne. Ils me regardent à travers la fenêtre, font des grimaces, rient et chuchotent.  Maintenant je comprends, trop tard !!!

Quelques mois plus tard j’ai appris que, dans la matinée de cette journée, mes joyeux parents en vacances faisaient le tour de Turin en voiture. Mais moi, je traversait la ville en tant que prisonnière. C’est possible que nos chemins se soient croisés et qu’ils aient regardé d’un oeil curieux ce bruyant panier à salade!

par Ana Tejero

12
Juin
08

exchange of ideas

Today something funny happened to me. I was happily rollerblading on the street when someone pushed me. 65 years old, in a dark suit. Angrily, the guy told me that New Zealand doesn’t need people like me. He said that I should “go back to my country”.

Managing to keep my steam under control, I told him that I am working and paying my taxes here so the one who should leave if not happy should be him. He didn’t quite agree and start shouting. I felt pity for him. With all the foreigners living in Auckland, he must be having some hard time! Especially if he tries to tell everybody to go back home!

I wanted to tell him as well that must probably his ancestors were offloaded from a boat coming from the UK just some 150 years ago and, even if he doesn’t need me here, his wife and daughters would be very disappointed about me leaving….. he he he.

But my Swiss diplomatic attitude took the lead and decided not to add oil onto fire. I wished him a nice day and left. 50 m away he was still shouting “piss off, piss off”. I guess he must have accumulated quite some bitterness over the years.

Now, taking the time to write down what happened, I realize that, if I had to go back to my country, I wouldn’t know which one to choose.
The red passport doesn’t make me particularly Swiss. In fact, the country where I was told the most to “go back to your country” is Switzerland. Unbelievable! Ticino!

And the problem now is, that all the countries I have lived in are a bit “my country”.

In fact, the Earth is my country! The Blue Planet!

I have in my mind a nice metaphor. Imagine a colorful butterfly telling another to go back to its flower. “I have been here for now 56min, this flower is mine; go back to where you come from”. Do you think that’s happening? Shit, I hope not! That would be quite ridiculous.

Anyway, nowadays, the only place I call home is my boat. That’s the marvel of a sailing boat, she can bring you all around the world, slowly drifting or powerfully sailing… no fuel needed.

And there is no such saying as “go back to your sea”. Sea people are wise. We are mostly made of water and water units us all. It may sound a bit biblical, but I guess that’s true.

Might the Earth swallow all the racists, burying them deep underground so that they can really feel alone in their land.

Tonight, I feel sorry for them.

11
Juin
08

La plus belle traversée

Il n’est pas forcément nécessaire d’aller au bout du monde pour faire de jolis voyages; en voici, un des plus beaux, il est matériellement accessible à tous, mais une grande partie de l’intérêt de cette traversée est culturel, voire émotionnel. Je dis traversée, il ne s’agit pas de la trans-atlantique, mais c’est à peine moins fameux que le passage du Cap Horn: Il s’agit de la traversée du Vieux Port dans le Ferry Boat ( dites « Feri Boite »).

Le Feri Boite traversant le vieux port

Je l’ai effectuée à de nombreuses reprises, et la dernière fois en compagnie de toute une troupe d’estrangers (rendez vous compte, certains venaient même de Paris, peuchère!). Mais le temps du teuf teuf teuf du César a pris fin; l’antique ferry boat au diesel a fait son temps, il sera remplacé prochainement par une réplique flambante mue par un moteur électrique! En attendant, il vous faudra faire le tour à pied en passant en bas de la plus belle avenue du monde, la Canebière.

09
Juin
08

Cauchemar sur le train (1ère partie)

Fin de vacances à Rome, je rentre à Paris pour reprendre mon travail. À la Stazione Termini le train attend, sur le quai il y a des groupes de gens qui font leurs adieux. Un petit groupe de quatre ou trois hommes et deux femmes bloquent mon passage quand je veux monter. Tous en costume bleu, bien vêtus. Trop bien vêtus. Chapeaux, cravate, chemise blanche pour les hommes. En tout cas, ils ont l’air de paysans venus pour une fête de mariage? qui sait.

Bon, donc, avec ma grande valise je finis par me faufiler parmi eux et je monte. Trouve ma couchette en haut, m’installe. Pip pip, voilà le train qui part tout doucement.

Suis prête à dormir jusqu’à mon arrivée à Paris.

Deux heures du matin. Le train s’arrête, il fait très froid, on vous réveille brusquement car on est à la frontière (Ventimiglia?)  pour le contrôle de papiers. Mon passeport et mon argent sont dans une pochette que j’avais mise dans mon sac. Mais hélas, la pochette n’est plus là, ni nulle part. Désespoir. Je cherche partout, est-ce qu’elle a glissé sur ma litière? Est-ce qu’elle est tombée par terre? Est-ce que,  est-ce… Non, disparue !!! Un vrai cauchemar !!!

Les douaniers me font descendre et, faute d’aide avec une valise de plus en plus lourde, je marche péniblement sur la neige. A quelques mètres se trouve le poste frontière, ils me poussent dedans sans ménagements. Le train est déja reparti.

Donc, me voilà au Commissariat, partout des sans-papiers, tunesiens, sudaméricains, marocains, qui hurlent sans comprendre l’italien, des flics qui hurlent pour se faire comprendre. Et des fois, en ajoutent des coups. Engeulades.

Un des flics est assis derrière un bureau, le reste, nous patientons debout. Ça dure des heures. À ce moment-là voilà que je reçois un cours express et gratuit de gros mots en italien. Remerciements! Je profite aussi de cette leçon.

Mais, encore plus important, j’ai compris ce que veut dire l’Identité. Comment prouver qui on est? Je pouvais bien dire que j’étais Mme. Bovary ou n’importe qui, ça aurait été pareil. Je prie le Grand Flic de téléphoner à Rome, demander si mon passeport a été trouvé à la gare ou sur les voies. Sauf pour l’argent le reste ne devrait être utile à personne.

Ah, mais non, nous, on a pas le droit de passer des coups de fil à d’autres villes. Même dans l’Italie? Même…

Le temps passe, pas de café, pas de chaise, pas de réponse, pas d’eau, c’est déjà bien entrée la matinée et on est fatigué, ennervé, on maudit les italiens, les voleurs et les flics. On déteste tout le monde.

Dans mon cas, M. le Flic a pris une décision. Me virer vers la Division pour les Étrangers en faute à la Questura de Turin, un Commissariat important dans une ville importante. Mais un petit détail, il faut prendre un train local, et dans ce cas, je dois payer mon billet. C’est pas cher pour un trajet court mais, de quoi il parle?, Je n’ai pas d’argent sur moi, ils sont au courant, ils s’en fichent. Cela dit, ils m’escortent jusqu’à la petite gare ou le train pour Turin attend.

Saisie d’étonnement!  Que faire? Je fouille dans mes poches. Rien. Et voilà q’un ange gardien apparaît sur le quai caché dans le corps d’un modeste flic. Il m’approche d’un air furtif, puis, en cachette, me glisse la monnaie dont j’avais besoin. Avec son doigt sur la bouche il me fait signe de me taire. Je faillis fondre en larmes. Pas question de lui rembourser, n’ayant rien sur moi pour le remercier. Sauf un simple briquet bon marché. Je le lui donne, les larmes coulent sur mon visage. Je fais la paix avec les italiens et quelques flics. Son visage est resté pour toujours dans mon coeur, tout comme son petit grand geste. Une nuit remplie de leçons, une fois de plus je comprends comment c’est inutile de mettre tout le monde dans le même sac.

Le train pour Turin démarre, nous sommes quatre détenus fatigués marchant vers qui sait quels nouveaux pépins.

 

par Ana Tejero




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